jeudi 28 juin 2012

Peeping Tom dans le muscat


Rendez-vous immanquable des amateurs de polars, le FIRN se déroule, comme chaque année, le dernier week-end de juin dans la bonne ville de Frontignan (Hérault).

Si l'endroit pullule d'écrivains, une place raisonnable est accordée au cinéma avec, en préambule, une belle séance de La loi du milieu (Get Carter), en plein air, au beau milieu des vignes le mercredi 27.
On retiendra aussi "une journée avec Lucas Belvaux" le samedi 30, qui permettra de voir ou revoir quelques uns de ses films (Rapt, La Loi du plus faible) et de rencontrer le réalisateur lors des séances, ou pendant la table ronde prévue à 19h.

A part ça, il y a aussi plein d'auteurs de BD, de la musique, et les fameux apéros au Zombie Bar qui rendent la vie si précieuse.

Bref, ce week-end, vous savez où nous trouver...


Plus de renseignements ici

lundi 18 juin 2012

Nouveautés (encore) chez Artus Films

Pas encore eu le temps de vous causer de L'Orgie des vampires, sorti en mai dernier chez Artus, que voilà deux arrivées de plus chez notre éditeur d'élection :
- Un coffret Eric Von Stroheim qui rassemble quatre films de "l'homme que vous aimeriez haïr" en tant qu'acteur (sa carrière de réalisateur ayant avorté au début du parlant).

Voici le détail rédigé par Artus :


"THE LADY AND THE MONSTER Le Professeur Franz Mueller conserve le cerveau du magnat de la finance Donovan, tué dans un accident d’avion, afin de mener des expériences scientifiques. Mais, très vite, le cerveau prend le contrôle de l’esprit de l’assistant du Professeur, et tente de séduite la belle Janice. THE MASK OF DIIJON L’illusionniste Diijon abandonne sa carrière pour se consacrer à l’étude de l’hypnose. Etant parvenu à pousser un homme au suicide, il tente de nouvelles expériences criminelles avec son épouse… THE GREAT GABBO Le ventriloque Gabbo donne des représentations avec son assistante, Mary. Après avoir raté une scène, celle-ci est chassée. Elle trouve alors un nouveau partenaire, ce qui rend Gabbo fou de jalousie. Il sombre alors dans la démence, aux cotés de son inquiétante marionnette… THE CRIME OF Dr CRESPI Par vengeance, le Dr Crespi utilise un puissant anesthésique de son invention sur l’amant de sa femme, ce qui le plonge dans un sommeil hypnotique. Considéré comme mort, celui-ci est enterré. Mais les deux assistants le déterrent… D’après Edgar Allan Poe."


Et puis un nouveau western, un italien cette fois, mais pas vraiment spaghetti si on en croit l'éditeur :



"En mettant en scène le jeune George Hilton aux cotés des vétérans Van Heflin et Gilbert Roland, Giorgio Capitani prouve son admiration pour le western américain. Le schéma est en effet plus proche du Trésor de la Sierra Madre, que des débordements baroques du western italien. Il n’en demeure pas moins un festival de sueur, de crasse, et de désillusion. La prestation de Klaus Kinski en tueur homosexuel ne fait que confirmer le fait que Chacun pour soi est un grand film." 

L'éditeur annonce une pause estivale et puis quelques surprises pour finir une année particulièrement faste !

vendredi 8 juin 2012

Romantisme gothique

De la dernière fournée DVD d'Artus films, s'il est un film qui mérite de trôner au sommet de la collection "Les chefs d’œuvre du gothique", c'est bien L'Effroyable secret du docteur Hichcock de Riccardo Freda.
On le sait, le cinéma de genre italien est en pleine réévaluation depuis une dizaine d'années, ce qui permet de découvrir non seulement quelques vrais bijoux mais carrément des pans entiers d'expérimentations, de fétichisme, d'hallucinations cinématographiques... Cette pêche aux trésors ne va pas sans quelques abus, et, après quelques décennies de mépris, on assiste  à un délire italianophile qui porte aux nues tout ce qui a été produit entre 1960 et, disons, 1986* dans le cinéma de genre transalpin. Difficile, du coup, de faire son miel dans la profusion de films qui ressurgissent aujourd'hui, mais, heureusement, il y a des évidences : L'Effroyable secret... en fait partie.


Avant tout pour sa beauté plastique, au service d'une histoire d'un romantisme morbide assumé qui rappelle les plus belles pages du roman gothique anglais. Les décors et la photo, à faire pâlir la Hammer Films, ne constituent pas seulement un plaisir esthétique, ils conditionnent totalement un spectateur aussi prisonnier de la demeure du docteur, que la nouvelle épouse de celui-ci, incarnée par la reine Barbara Steele. 



Si l''intrigue s'inscrit dans l'héritage de Rebecca d'Hitchcock et du Château du Dragon de Mankiewicz, on sent bien que Riccardo Freda s'intéresse plus à la mélancolie qu'au suspense. Le professeur Hichcock a inventé un sérum censé maintenir les moribonds en vie. La première partie développe tout un rituel dans lequel il injecte des doses à son épouse qui, malgré (ou à cause) des soins prodigués, finira par succomber. Freda ralentit le temps, s'attarde sur la fascination silencieuse du professeur pour son épouse et fait d'une banale scène d'enterrement sous la pluie une séquence des plus poignantes.



Pas ennemi de l'ellipse temporelle pour autant, le réalisateur fait alors un bond de 12 ans, lorsque le veuf, après s'être éloigné de sa demeure, y revient avec sa nouvelle épouse. A partir de là, le film n'est plus qu'une lente poursuite amoureuse de Barbara Steele qui déambule dans les couloirs un chandelier à la main, s'accroche aux ronces dans une nuisette blanche vaporeuse, écarquille les yeux sous les éclairs et s'évanouit à tout de bras sur les tapis épais du manoir. 
Plus encore que dans Le Spectre du professeur Hichcock, réalisé l'année d'après (et disponible également chez Artus), Riccardo Freda délaisse l'efficacité au profit d'une quête perpétuelle de la beauté. Bien sur, il faut entrer dans le faux-rythme du film, mais le jeu en vaut largement l'éclairage à la chandelle !



Le DVD :
Comme pour Vierges pour le bourreau, la copie est particulièrement belle, ce qui, évidemment, rend hommage à l'image éblouissante signée Raffaele Masciocchi. Le son est clair et le transfert très équilibré.
En revanche, côté bonus, on reste un peu frustré par les 20 minutes accordées à Gérard Lenne sur le film. S'il connait son affaire, le critique manque singulièrement d'enthousiasme et d'inspiration face à la caméra. Et, surtout, il rate un peu le coche lorsqu'il dérive de la fascination morbide du professeur Hichcock vers un historique de la nécrophilie au cinéma qui s'avère carrément léger. C'est d'autant plus dommage que Gérard Lenne fut un ardent défenseur du cinéma fantastique dans la presse cinéma, à une époque où l'exercice était nettement moins prisé qu'aujourd'hui.
Reste un joli diaporama et quelques bandes-annonces réjouissantes.

  


* 1986 : année de sortie de Bloody Bird de Michele Soavi, choix tout à fait subjectif et arbitraire.

lundi 28 mai 2012

Les objets du culte (3)

Spectral 3ème série - n°1 : Les Créatures de l'île



Dans les années 80, on trouvait en kiosque une variété impressionnante de petits formats dédiés à la publication de bandes dessinées. Aventure dans la jungle, super-héros, guerre et western, les cadors des comics américains côtoyaient les imitateurs plus ou moins grossiers de France, d'Italie, voire d'Espagne.
La revue SPECTRAL (6,50f, soit 1€ le numéro) présentait, entre autres, les aventures de La Créature du marais, initiée par Berni Wrightson et habilement reprise par Tom Yeates. Le premier volet de cette troisième série nous intéresse ici parce qu'il cite allègrement quelques classiques du cinéma, dans un scénario de Martin Pasko étonnamment subversif pour une production DC Comics.

Clique sur les images ci-dessous pour les agrandir et amuse-toi avec tes amis à reconnaitre tous les films représentés dans cet illustré !











dimanche 27 mai 2012

80's again


La réponse du berger à la bergère : après le pavé de luxe Rockyrama qui célébrait les années 80 synthétiques et testostéronées, le fanzine Cinétrange annonce enfin son retour version papier (souvenez-vous de l'indispensable numéro 100 ans de cinéma fantastique français), avec l'alléchant numéro intitulé Nos années 80.
Le communiqué de Sin'art, éditeur de la chose, annonce :

L’ouvrage se compose de dossiers de fond et de chroniques « coups de coeur ». La carrière de grands noms de l’époque est passée en revue : Steven Spielberg, Joe Dante, John Landis, William Lustig, Lucio Fulci. On y trouve aussi des dossiers thématiques : macho women of the eighties, le cinéma bis italien, musiques synthétiques des années 80. Découvrez la chronique des coups de cœur de la rédaction L’Enfer des armes, La Glace et le Feu, Le Choc des Titans. Abondamment illustré, ce premier volume sera suivi d’un deuxième qui sortira en novembre 2012

C'est évidemment disponible sur le site de Sin'art, on vous en dit plus dès qu'on la commandé, reçu, et lu....

jeudi 24 mai 2012

C'est déjà demain !

Un petit avant goût de la soirée Peeping Tom, demain, 19h, à l'atelier En Traits Libres, 2 rue du Bayle à Montpellier. Un, parmi la quarantaine d'extraits diffusés...


dimanche 20 mai 2012

Frissons pop


J'ai découvert Vierges pour le bourreau, un matin, lors du très regretté Cinéma de Quartier que Jean-Pierre Dionnet animait sur Canal Plus.
Durant tout le film, je n’arrêtais pas de me répéter que c'était nul, mais, une fois le générique fini, j'ai immédiatement regretté de ne pas l'avoir enregistré. C'était la dernière diffusion...
Une dizaine d'années plus tard Artus Films sort enfin Il boia scarlatto (Le bourreau écarlate, véritable titre original du film, qui s'est appelé aussi en France Filles pour le bourreau) et, à la revoyure, le plaisir est encore plus pervers !



Le bourreau
Les vierges
Vierges pour le bourreau vient donc rejoindre les premiers titres de la collection "Chefs d’œuvres du Gothique" qui commence à sérieusement s'étoffer chez notre éditeur préféré. Si l'histoire et les décors entrent en résonance directe avec les classiques du gothique italien (Le fondateur Masque du démon, mais aussi La Vierge de Nuremberg et L'Effroyable secret du docteur Hichcock dont on va vous reparler très bientôt), le film s'apparente aussi à un genre moins officiel qu'on pourrait qualifier de "Pop crime". Car même si l'action se déroule entièrement dans un château avec ses recoins secrets, sa chambre des tortures et son fantôme moyenâgeux, on est plus proche de l'esthétique lumineuse et bariolée de L'ïle de l'épouvante, le polar sadique et aguicheur de Mario Bava. Les personnages, une équipe qui s’incruste dans un château pour y mettre en scène un roman-photo d'horreur, dégagent  un parfum de superficialité branchée, renforcé par l'érotisme extrêmement soft (des filles en bikini, on aperçoit un téton pendant une fraction de seconde) mais bien présent sur les 83 minutes du métrage. Ajoutez à ça une bande-son qui s'éloigne des standards de l'horreur pour lorgner vers un groove moelleux et vous obtenez un film d'horreur enrobé dans un sucre d'orge. Même la fameuse "vierge de nuremberg", instrument de torture fétiche du gothique transalpin, est ici repeinte d'un bleu violacé du meilleur goût...
Mais l'atout majeur du film est bien son sadisme assumé qui lui permet de développer un éventail de sévices des plus réussis. Hanté par la mémoire d'un bourreau exécuté, le château devient le théâtre de mises en scènes cruelles et/ou criminelles, qui en appellent au voyeurisme du spectateur de façon très ludique. 
Certes, les acteurs jouent n'importe comment, les personnages sont caricaturaux et les situations jamais crédibles, mais très vite on se laisse prendre au jeu du chat et des souris prises au piège. L'imagination et la cruauté de l'homme étant sans limite, la combinaison des deux donne des résultats étonnants, comme cette pièce transformée en toile d'araignée géante qui fait passer Kho-lanta pour un jardin d'enfants.
La toile...

Et puis, il y a le maître de céans, hôte malgré lui, ermite agoraphobe et nihiliste incarné par Mickey Hargitay, (culturiste célèbre dans les années 50-60, qui passa du statut de "Monsieur Univers" à celui de "monsieur Jane Mansfield") tout en muscles et en regard vide, dans un rôle taillé pour son absence de talent. 
Massimo Pupillo ne fait certainement pas partie des grands réalisateurs du cinéma de genre italien, mais Vierges pour le bourreau est, malgré tout, un des grands moments de ce cinéma qu'on disait "de quartier" et qui se pointe aujourd'hui en DVD à votre porte.

Le DVD :
...et Mickey, avec son peignoir directement taillé dans les rideaux du château
La copie 35mm, le transfert et le son sont nickels, ce qui permet de profiter à fond des corps en sueur des jeunes femmes à peine vêtues ou, selon ses goûts, de la plastique parfaite de Mickey Hargitay, moulé dans un costume de bourreau rouge vif particulièrement seyant.
En bonus, Alain Petit, créateur du fanzine mythique Le Masque de la Méduse et spécialiste (entre autres) du cinéma de genre italien, apporte ses lumières sur le film, installé devant sa collection de DVD. Mais lui, il est tout habillé...



En même temps que Vierges pour le bourreau, Artus Films sort donc L'Effroyable secret du docteur Hichcock de Riccardo Freda et L'Orgie des vampires de Renato Polselli. A suivre donc...

mercredi 16 mai 2012

TGP à L'Absurde Séance


Rendez-vous mensuel des amateurs de cinéma de genre, voire carrément déviant, L'Absurde Séance fait régulièrement le plein à Utopia Montpellier (quartier Fac de lettres).
Jeudi 17 mai, 20h30, Tokyo Gore Police, japonaiserie complètement barrée de Yoshihiro Nishimura, vous vengera du soleil printanier.
Info ici. 

vendredi 11 mai 2012

Une revue "nouvelle" ?


En juin, devrait arriver dans les kiosques So Cinéma,  premier numéro. Le projet est lancé en collaboration par le magazine So Foot et les éditions Capricci qui annoncent une revue différente, de son temps et influencée par l'esprit de So Foot. 
On s'interrogera sur le choix de mettre Ricky Gervais, personnalité géniale qui a fait largement ses preuves à la télévision mais nettement moins au cinéma, en couverture de ce numéro 1. Mais bon, le communiqué de presse revendique un certain décalage et un peu d'air frais ne peut pas faire de mal à la vieille presse spécialisée.Pour se faire une idée plus précise, voici d'ailleurs un bout de ce communiqué :
Quand on sait que Louis Skorecki, roi du journalisme-nombril, fera partie des rédacteurs réguliers, et qu'on connait les petits bouquins branchouilles édités par Capricci, on peut craindre le pire. 
Le sommaire de ce premier numéro s'annonce cependant croquignolet avec, outre un entretien avec Ricky Gervais, un reportage sur le cinéma barré de Nollywood (Nigéria), le cinéma de gangsters vu par un gangster, un dossier sur Les Muppets... Et, comme on peut le lire ci-dessus, une analyse des films catastrophes par le gourou Raël (?!)
Reste à savoir qui va dépenser 4,50€ pour lire l'avis d'un raté de la variété, reconverti en Skippy L'Escroc, sur les films de Roland Emmerich.
Ah, une dernière info destinée à la personne qui a rédigé le communiqué de presse : l'expression "behind the scene" existe en français, ça se dit "dans les coulisses". Mais bon, ça fait so province...

mardi 1 mai 2012

The Strangler : le chaînon manquant


Mardi 2 mai 2012. Les dealers de DVD de bonne famille affichent sur leur devanture, en tête de gondole, dans leur vitrine, le DVD du film Le Tueur de Boston (The Strangler). S'ils ne le font pas, vous pouvez les rayer de votre liste ou, à la rigueur, leur demander s'ils n'ont pas eu un problème avec leur transporteur...
En 1963, quelques mois après l'arrestation d'Albert De Salvo, tueur et violeur en série ayant traumatisé l'Amérique du début des années 60 et dont les victimes se comptent par centaines, sort sur les écrans ce film, librement mais directement inspiré par ce terrible personnage. Depuis, Le Tueur de Boston a été largement occulté par L'étrangleur de Boston (1968), inspiré de la même affaire, réalisé par Richard Fleischer et interprété par Tony Curtis et Henry Fonda. On pourrait croire l'escamotage justifié au vu de la puissance toujours intacte du film de Fleischer, audacieux et dérangeant, à ranger parmi les très grands films du réalisateur de Soleil Vert. La découverte de ce Tueur de Boston, réalisé par un nettement plus anonyme Burt Topper (8 films, un seul sorti en France : celui-ci...) permet de réaliser une fois encore que l'histoire du cinéma est un réservoir inépuisable de trésors enfouis.
Pourtant, on sent très vire que le budget est un peu léger, notamment au niveau des décors plutôt "cheap", ce qui n'entrave jamais la montée en intensité du film. Faut dire qu'on est cueilli d'entrée par une ouverture d'anthologie : voyeurisme désuet, meurtre nerveux et déviance fétichiste, le défilé peut commencer.  Le tueur Léo Kroll est un chercheur laborantin, obèse mais charismatique, incarné par Victor Buono, magistral dans un des rares premiers rôles de sa longue carrière. Il respire autant l'intelligence que la perversion en évitant tout cabotinage superflu et réussit à rendre le personnage tout-à-fait fascinant.
Plutôt que de s'appesantir sur les qualités remarquables d'une mise en scène serrée mais efficace, on remarquera simplement que, très peu de temps après Psychose, Le Tueur de Boston évite l'explication psychanalytique qui rend la fin du classique d'Hitchcock un peu vieillotte, et choisit de montrer les faits plutôt que les expliquer : on suit le tueur avec sa mère, avec ses victimes, avec la femme qui touchera son cœur, interrogé par la police, au travail, chez lui... Si on est encore loin de Maniac de William Lustig, on est tout de même collé à ses basques, pour ne pas dire en empathie. A ce titre, le traitement du personnage de Léo Kroll rappelle par moment la façon dont Michael Powell nous rapprochait du Mark Lewis de Peeping Tom.
Oh, et puis... assez parlé : si le début du film (ci-dessous) ne vous donne pas envie de voir le film, je rends mon tablier !



Le DVD :
la copie 35 mm d'origine est pas mal rayée et mouchetée mais le transfert et le son sont de qualité très honorables. De toutes façons, le film est rare et indispensable...
En supplément, le spécialiste des tueurs en série Stéphane Bourgoin part du film pour évoquer dans les grandes largeurs la terrible histoire d'Albert De Salvo. Un exposé érudit, vif et plutôt effrayant qui déroule ses 38 minutes sans temps mort. Merci qui ? Merci Artus Films !

mardi 24 avril 2012

Un rétroviseur en or massif

L'objet est tombé un petit peu sans prévenir. Et il n'a pas encore fait tout le boucan qu'il devrait faire...
ROCKYRAMA n°1, énorme hybride de quelques 340 pages se situant dans une zone inconnue entre le livre, la revue de librairie et le fanzine de luxe. Un concentré de fétichisme, de l'aveu même de son rédacteur en chef, Johan Chiaramonte, porté par un amour déraisonné des années 80.
Pour avoir une idée de la culture mise en avant par l'équipe rédactionnelle, c'est très simple : il suffit de partir en page 290 et découvrir le top 10 des films de la décennie, établi et commenté par ce même rédac'chef  et Guillaume Baron, autre obsessionnel qui semble particulièrement impliqué dans la chose :


1 Piège de Cristal de John Mac Tiernan
2 L'Empire contre-attaque d'Irvin Kershner
3 Shining de Stanley Kubrick
4 Aliens, le retour de James Cameron
5 Blade Runner de Ridley Scott
6 Predator de John Mac Tiernan
7 Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg
8 Les Aventuriers de l'arche perdue de Steven Spielberg  
9 Terminator de James Cameron
10 Retour vers le futur de Robert Zemeckis

On l'aura compris au vu de cette liste : ce qui est célébré ici ce sont les années 80 de la testostérone, du merveilleux, du plein la gueule et de la pop culture. La revue de détail le confirme : ROCKYRAMA choisit la culture populaire. Tout l'underground, toute la contre-culture de l'époque est hors-sujet.


Une esthétique
D'emblée, avant de lire la première ligne, s'impose une évidence : la chose a de la gueule. La couverture assume le kitsch d'époque en mêlant le Stallone en cuir et lunettes de Cobra, le Kurt Russell version Plisken, l'incontournable De Lorean et deux ou trois autres marqueurs de la culture eighties.
Mais il faut vraiment ouvrir le volume (surtout si votre pourvoyeur de culture habituel le présente bêtement emballé dans un plastique transparent, à déchirer sans vergogne) pour se rendre compte du boulot exceptionnel fourni par les graphistes et maquettistes qui s'y sont attelés.
Photos de films de grandes tailles habilement retravaillées, graphismes colorés, originaux et soignés, et -idée géniale- une tripotée de publicités d'époques qui finissent par donner un charme fou et une cohérence inattendue : l'identité visuelle de ROCKYRAMA est son premier atout et réussit à célébrer une époque passée, tout en s'intégrant parfaitement dans le présent. C'est d'ailleurs un trait qui caractérise tout le volume.



Choix rédactionnels
Impossible ici de détailler les 40 articles qui font le sommaire gargantuesque de ROCKYRAMA, mais on peut distinguer quelques tendances. En gros, les articles se divisent en quatre catégories : 
- Ceux qui balayent une tendance, un style des années 80 à travers les objets qui le composent : la pop synthétique, la culture Métal, les films à sensations fortes, etc  
- Les portraits : John Hugues, Alan Moore et les Watchmen, Tom Cruise, Run DMC...
- Les interviews : Bob Gale, John Carpenter, Joel Silver...
- Les articles qui focalisent sur un film, un objet, une histoire : Le Superman II version Richard Donner qui n'est jamais sorti, Le survêtement Laser Adidas, Police Fédérale Los Angeles, ou encore l'accident de Michael Jackson sur le tournage du spot Pepsi  
Ces approches très variées amènent aussi des différences de styles et de niveaux de traitement. On sent d'emblée qu'on est loin de l'intellectualisation universitaire et plus proche de l'esprit fanzine, ce qui n'empêche pas, au contraire, quelques articles remarquables.
Le regard transversal de Jac sur "Les nouveaux barbares", qui part du Vietnam et arrive aux jouets Mattel pour mettre en perspective la décennie des biscottos turgescents est un régal. Très touchante aussi la défense de la musique Métal envers et contre tous par Guillaume Baron, même si on peut regretter un sempiternel et anachronique règlement de comptes avec le mouvement Punk.
Les pointures pointent !  Jérome Wybon fait ce qu'il fait de mieux : du Jérôme Wybon (oui, le Superman II sorti des oubliettes c'est lui) et Stéphane Moïssakis s'échappe de Mad Movies pour un article impeccable sur Cobra, mais aussi, un papier plus surprenant sur Eddy Murphy et son spectacle de stand up édité à l'époque en VHS.
Les interviews s'avèrent toutes passionnantes, avec une réserve sur celle de maître John Carpenter que nous n'avons pas lu pour raison technique (Seul dérapage sur les 340 pages : l'impression en bleu clair sur fond bleu foncé qui rend la lecture épuisante), mais aussi deux mentions particulières :
- Jack Hues, membre de Wang Chung qui composa entre autres la B.O. de Police Fédérale Los Angeles (To Live and die in L.A.). Parce que très peu de gens en France connaissent cette pierre angulaire des années 80
- Bob Gale, producteur (entre autres) de Retour vers le Futur, pour l’honnêteté et la pertinence de ses réponses.


ROCKYRAMA n'aurait pas pu exister dans les années 80
Avec la même subjectivité que l'équipe rédactionnelle, nous accorderons la palme à deux articles vraiment jouissifs :
Dans VHS after all ! Jac (encore lui) ne se contente pas de raviver la nostalgie des bandes magnétiques et de leurs jaquettes qui faisaient passer la pire daube pour le chef-d’œuvre de l'année. Il réussit, en 2 pages, à pointer ce qui s'est perdu en 30 ans de progrès techniques qui ont rendu tout disponible, à savoir : le désir.
Mais l'article le plus étonnant reste ce récit retrouvé d'une interview avortée de Menahem Golan (directeur avec son compère Globus de la Cannon, maison de production grande pourvoyeuse de films musclés et décérébrés des années 80.) Un trip intello-gonzo, narré à la première personne par un journaliste spécialiste du cinéma japonais qui ne sait ni ce qu'il fait là, ni comment s'en sortir. Ce reportage inédit, qui témoigne 30 ans plus tard de l'incompréhension totale qui séparait la critique et le cinéma d'exploitation, s'avère avec le recul assez émouvant. Trop beau pour être vrai, en fait...
Bien sûr, tout n'est pas du même niveau et l'on nourrira quelques regrets (un article sur John Hugues, certes attachant, mais tellement amoureux de son sujet qu'il n'ose pas y mettre les doigts... Encore plus frustrant quand on partage ce sentiment pour le réalisateur de Breakfast Club, récemment disparu !) Mais, au fond, ça n'a pas grande importance. Si certains articles balayent larges, abusent des superlatifs et évitent de se salir les doigts, c'est d'une part assumé dès l'édito qui annonce la couleur, mais aussi parce que ROCKYRAMA doit autant à l'héritage des fanzines qu'à la logique des blogs, des forums, des micro-niches culturelles qui se développent un peu partout, à la réappropriation constante des objets culturels.
L'adjectif galvaudé de "culte" prend ici tout son sens : ROCKYRAMA n'est pas un ouvrage de sociologie critique mais bien une célébration rendue par une équipe de fanatiques. Ce qui en fait, comme je le disais plus haut, un objet paradoxal : tourné vers le passé mais indiscutablement d'aujourd'hui.
Il y a fort à parier qu'il sera "culte" demain...



ROCKYRAMA est publié par Black Book Editions.Il coûte un peu moins de 30€ ce qui fait beaucoup d'un coup mais s'avère plutôt honnête quand on détaille la qualité d'édition, le poids de la chose et son caractère vraiment exceptionnel.  
.