mardi 1 mai 2012

The Strangler : le chaînon manquant


Mardi 2 mai 2012. Les dealers de DVD de bonne famille affichent sur leur devanture, en tête de gondole, dans leur vitrine, le DVD du film Le Tueur de Boston (The Strangler). S'ils ne le font pas, vous pouvez les rayer de votre liste ou, à la rigueur, leur demander s'ils n'ont pas eu un problème avec leur transporteur...
En 1963, quelques mois après l'arrestation d'Albert De Salvo, tueur et violeur en série ayant traumatisé l'Amérique du début des années 60 et dont les victimes se comptent par centaines, sort sur les écrans ce film, librement mais directement inspiré par ce terrible personnage. Depuis, Le Tueur de Boston a été largement occulté par L'étrangleur de Boston (1968), inspiré de la même affaire, réalisé par Richard Fleischer et interprété par Tony Curtis et Henry Fonda. On pourrait croire l'escamotage justifié au vu de la puissance toujours intacte du film de Fleischer, audacieux et dérangeant, à ranger parmi les très grands films du réalisateur de Soleil Vert. La découverte de ce Tueur de Boston, réalisé par un nettement plus anonyme Burt Topper (8 films, un seul sorti en France : celui-ci...) permet de réaliser une fois encore que l'histoire du cinéma est un réservoir inépuisable de trésors enfouis.
Pourtant, on sent très vire que le budget est un peu léger, notamment au niveau des décors plutôt "cheap", ce qui n'entrave jamais la montée en intensité du film. Faut dire qu'on est cueilli d'entrée par une ouverture d'anthologie : voyeurisme désuet, meurtre nerveux et déviance fétichiste, le défilé peut commencer.  Le tueur Léo Kroll est un chercheur laborantin, obèse mais charismatique, incarné par Victor Buono, magistral dans un des rares premiers rôles de sa longue carrière. Il respire autant l'intelligence que la perversion en évitant tout cabotinage superflu et réussit à rendre le personnage tout-à-fait fascinant.
Plutôt que de s'appesantir sur les qualités remarquables d'une mise en scène serrée mais efficace, on remarquera simplement que, très peu de temps après Psychose, Le Tueur de Boston évite l'explication psychanalytique qui rend la fin du classique d'Hitchcock un peu vieillotte, et choisit de montrer les faits plutôt que les expliquer : on suit le tueur avec sa mère, avec ses victimes, avec la femme qui touchera son cœur, interrogé par la police, au travail, chez lui... Si on est encore loin de Maniac de William Lustig, on est tout de même collé à ses basques, pour ne pas dire en empathie. A ce titre, le traitement du personnage de Léo Kroll rappelle par moment la façon dont Michael Powell nous rapprochait du Mark Lewis de Peeping Tom.
Oh, et puis... assez parlé : si le début du film (ci-dessous) ne vous donne pas envie de voir le film, je rends mon tablier !

video


Le DVD :
la copie 35 mm d'origine est pas mal rayée et mouchetée mais le transfert et le son sont de qualité très honorables. De toutes façons, le film est rare et indispensable...
En supplément, le spécialiste des tueurs en série Stéphane Bourgoin part du film pour évoquer dans les grandes largeurs la terrible histoire d'Albert De Salvo. Un exposé érudit, vif et plutôt effrayant qui déroule ses 38 minutes sans temps mort. Merci qui ? Merci Artus Films !

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