lundi 3 juin 2013

Y'a pas que la Hammer...



Artus Films continue son festival de sorties, balayant progressivement tout ce que le cinéma de genre compte de curiosités oubliées, de déviances perdues et autres bisseries qui semblaient n'exister que dans les fantasmes les plus tordus de cinéphages pervers.
Après les 3 westerns italiens du mois dernier, arrive une nouvelle trilogie rassemblée sous l'intitulée British Horror. Embrassant en 3 films ce qu'on appelle l'âge d'or du film d'horreur anglais, de son émergence au milieu des années 50 jusqu'à son sinistre déclin 20 ans plus tard, la sélection délaisse les productions Hammer Films abondamment éditées par ailleurs, pour trois exemples très spécifiques de ce que pouvaient donner de plus hallucinant les petites productions indépendantes de l'époque.

Horror Hospital
Au mépris de toute chronologie, commençons par Horror Hospital, qui a marqué toute une génération de fans français de cinéma d'horreur, notamment grâce à une édition chez Delta Video en 82 dont la jaquette un peu trompeuse a certainement contribué au succès.



Brian Jagger ? Mick Jones ? Non, Robin Askwith
On y découvre un jeune compositeur de pop music qui décide d'aller se mettre au vert et choisit pour cela une maison de repos dans la campagne anglaise... Le point de départ est d'autant moins crédible que ce jeune chevelu, sorte de croisement entre Brian Jones et Mick Jagger (dont il adopte volontiers les moues lippues et la gouaille), trouve sa destination dans une espèce d'agence de voyage un peu fumeuse, tenue par une vieille crapule (Dennis Price, qui fut, entre autres, l'un des ignobles jurés de Théâtre de sang) très sensible au charme "stonien" du jeune homme. Mais ce n'est rien à côté de ce qui va suivre : le jeune homme prend le train, rencontre une très jolie jeune fille, qui s'avère être la nièce d'une ancienne tenancière de bordel qui travaille désormais avec l'ignoble docteur responsable de la pseudo clinique de repos...

Grosse rigolade sous la douche : ça va pas durer
Je m'arrête là : le scénario signé du réalisateur Antony  Black, et d'un certain Alan Watson dont c'est la seule aventure cinématographique, ressemble au délire d'un amateur de fantastique, écrit sous trip d'acide. Tout le panel est représenté : savant fou, patients zombifiés, serviteur nain, vieille tante complaisante, créature monstrueuse, auxquels il convient d'ajouter quelques motards en cuirs casqués ainsi qu'un bellâtre d'origine indéfinie surgissant au dernier tiers du film (l'acteur, malgré son physique sud-américain, est né Baron Von Quelquechose, à Hong-Kong !!!)
Au chapitre des réjouissances organiques, notons la décapitation, des charcutages divers, du transport de cervelle, l'absorption de breuvages verdâtres et de nourritures indéfinissables, une ou deux séquences de nudité un peu vite avortées, j'en passe et des meilleures.

Ambiance de folie pour le repas du soir
Quant au casting, s'il n'est pas constitué d'acteurs transcendants, il aligne en revanche les plus belles trognes du genre avec, en tête, le terriblement malsain Michael Gough dont le visage inquiétant marqua aussi bien les séries télévisées (Docteur Who, Chapeau melon...) que le cinéma de genre, jusqu'à ce que Tim Burton en fasse le Pennyworth de son Batman.
On apprend dans le bonus que ce délirant concentré d'horreur d'un mauvais goût assumé a été entièrement construit à partir de son titre. Titre que nous ne connaîtrons que tardivement : alors qu'il n'a rien à voir avec le personnage de Mary Shelley, il sortit en France en 1976 sous l’appellation La Griffe de Frankenstein, certainement pour récupérer le public de la Hammer.


Le Sang du Vampire
15 ans avant Horror Hospital, un autre savant fou faisait des siennes dans un film qui eut aussi les honneurs de la VHS et que l'édition française, parue chez Fantastic Video, était d'ailleurs la seule à présenter dans sa version "complète" : Le Sang du vampire.

Là aussi, l'action se concentre essentiellement sur un lieu : une prison/asile en retrait du monde, dans laquelle le docteur Callistratus, ressuscité après son exécution pour "vampirisme", utilise les prisonniers comme cobayes pour ses expériences sur le sang humain. Le jeune docteur John Pierre, accusé un peu vite d'avoir causé la mort d'un de ses patients, est envoyé dans ce lieu lugubre où Callistratus le prendra comme assistant. Mais la fiancée de John Pierre n'a pas dit son dernier mot...


Si l'on se rapproche de la tradition gothique dans cette histoire située en fin de XIXe en Transylvannie, la réalisation d'Henry Cass délaisse les couleurs flamboyantes et les aspects baroques de la mise en scène de la Hammer pour une atmosphère d'une noirceur absolue. L'image est sombre, l'action se passant essentiellement en intérieurs glauques et sales, ou de nuit, dans la cour du bâtiment carcéral. Le serviteur boiteux et dissymétrique de Callistratus sert de passeur entre les cellules miséreuses et le laboratoire souterrain du scientifique malfaisant, parcourant une série de lieux plus oppressants les uns que les autres, de la cour gardée par des molosses assoiffés de sang aux colonnes de pierre où sont enchainées quelques accortes victimes du sadisme de Callistratus.
On apprend dans les bonus que l'Angleterre, et à plus forte raison les États-Unis, ont connu une version censurée du film, où manquaient les décolletés sur poitrines opulentes, mais aussi les passages les plus "violents" du métrage, notamment un lent travelling sur les écorchés et autres fragments anatomiques disséminés dans le laboratoire. Artus Films propose la version "française" où ces minutes supplémentaires se remarquent par une qualité d'image plus faible. Mais l’intérêt d'avoir retrouvé ces quelques mètres de pellicule n'est pas seulement historique : elles renforcent la vision pessimiste et cruelle d'un film dont le happy end, vite expédié, ne dupe personne.
Marqué par la présence de l'acteur Shakespearien Donald Wolfit qui, pour cette première incursion dans l'horreur se place d'entrée parmi les plus beaux "méchants" du genre, Le Sang du vampire s'avère plus fantastique dans son atmosphère et ses atours que dans son récit. Ainsi, la première partie, qui voit son héros victime d'une injustice perdre progressivement tout contact avec son entourage et le confort de sa vie bourgeoise, rappelle la paranoïa propre à certains films de prison. Le scénario de Jimmy Sangster (auteur à la même époque du terrible Paranoïac avec Oliver Reed) préfère dépeindre la noirceur de l'âme humaine qu'une manifestation surnaturelle du Mal, le vampirisme du titre étant à prendre dans un sens très métaphorique.

La Nuit des Maléfices
La véritable surprise vient du moins connu de ces 3 films : La Nuit des Maléfices, réalisé en 1971 par Piers Haggard, un quasi inconnu à qui on doit une fin de franchise (Quatermass), une parodie de franchise (Fu Manchu) et Venom, jalon du fantastique sorti en 81, plus réputé pour son casting alignant Klaus Kinski, Oliver Reed et Michael Gough (le méchant d'Horror Hospital, suivez un peu !) que pour ses qualités. 
Pourtant, une indéniable originalité apparaît dès les premières minutes dans la réalisation de La Nuit des Maléfices.
Une jarre, une besace ouverte dont les victuailles se sont renversées dans l'herbe et un râteau au premier plan. En fond, un laboureur traverse l'écran. Il fait une pause, salue une paysanne au loin, essuie la sueur sur son visage. On entend les corneilles croasser. Quelque chose l'intrigue alors dans le sol retourné  : il découvre un bout de squelette, un masque au centre duquel semble le dévisager un œil diabolique, sur lequel rampe un ver de terre...


L'ambiance moyenâgeuse particulièrement soignée du film (décors et costumes plutôt austères, une atmosphère hivernale rendue par de nombreux plans sur la nature aride), combinée au choix de privilégier le mystère et le dévoilement progressif des enjeux du récit sur les grands effets horrifiques, débouche sur un équilibre inhabituel entre réalisme et fantastique. On ne sait jamais si la folie qui atteint les personnages, l’émergence de zones pileuses sur certaines parties du corps ou même les morts mystérieuses de quelques villageois sont dues à des phénomènes naturels ou surnaturels. Se situant dans une tradition riche de films autour de la sorcellerie et des rituels d'incantations diaboliques, La Nuit des Maléfices construit un récit de plus en plus malsain, sans jamais basculer dans la complaisance sanglante ou érotique (malgré deux séquences particulièrement chargées sur le plan sexuel).
Très justement affilié dans les bonus au cruel classique de Michael Reeves, Le Grand inquisiteur,  le film de Piers Haggard s'avère certes moins flamboyant et comporte quelques imperfections, mais il est aussi empreint d'un climat étrange et sauvage qui a peut-être inspiré le Nicolas Roeg des Sorcières. Avec ses paysans crédules, son clergé fébrile et ses adolescents inquiétants, La Nuit des Maléfices est au final une œuvre singulière et captivante qui mérite grandement son exhumation.



Les DVD :
Imparfaites mais plus qu'honorables, les copies proposées par Artus Films permettront de découvrir ou redécouvrir les films dans des bonnes conditions qui passent même l'épreuve du vidéo projecteur. Les compressions sont de qualité inégales avec un petit bémol pour Le Sang du Vampire dont la définition est assez approximative, un petit défaut largement compensé par l'opportunité de voir la version complète évoquée ci-dessus. 
Comme d'habitude, affiches et photos d'époque alimentent les galeries des bonus, et surtout l'érudition inépuisable d'Alain Petit qui décline le casting et la place de chacun des films dans l'histoire du cinéma d'horreur anglais. Si l'on ne partage pas forcément son manque d'enthousiasme patent pour La Nuit des Maléfices, on commence à avoir du mal à imaginer un DVD d'Artus sans sa bonhommie éclairée.
Jan Jouvert




        

dimanche 2 juin 2013

Les 24 coups (+1) de Minuit

C'est la meilleure nouvelle éditoriale de l'année. Les éditions Rouge Profond, dont la collection Raccords consacrée au cinéma fait des merveilles depuis une dizaine d'années, annonce un projet d'utilité publique qui prendra effet à partir de septembre 2013.
En trois livres accompagnés de DVD, l'éditeur compile l'intégrale de la mythique revue Midi-Minuit Fantastique, agrémentée de suppléments qui mettent l'eau à la bouche (archives inédites, films, etc.) et du numéro 25 qui est resté totalement inédit.


24 numéros en parution chaotique répartie de 1961 à 1972, pour la première publication française consacrée officiellement au cinéma fantastique, mais qui en fait embrassait plus largement tout ce que la culture pouvait avoir de déviant : des bisseries à l'érotisme, en passant par des échappées vers la littérature, la BD ou encore les trublions émergeant (Mocky, Wakamatsu), avec un goût prononcé pour le surréalisme et tout ce qui sentait le souffre. 
Le format, la maquette, le nombre de pages... rien n'était constant dans Midi-Minuit Fantastique, sinon une insatiable curiosité. Quelques numéros célèbres, devenus rarissimes, sont aujourd'hui des proies de collectionneurs, notamment l'introuvable numéro 8, consacré à l'érotisme et l'épouvante dans le cinéma anglais saisi à l'époque par la police (ce qui, vu d'aujourd'hui, laisse songeur sur l'évolution des mœurs.) 
Entre les premières parutions, plutôt thématiques (Terence Fisher, King-Kong, Dracula...), et une ligne éditoriale plus éparpillée mais toujours aussi passionnante à partir du numéro 14 (qui marque le passage au grand format), la collection complète constitue un formidable balayage de cette décennie, à la fois pop et expérimentale, un territoire rêvé dans lequel la pure exploitation tutoyait parfois le génie.

En attendant cette alléchante aventure éditoriale, pour vous mettre en appétit allez donc vous plonger dans le dossier très riche que le site de référence DevilDead a consacré à la revue. 
Quant à moi, je vais me replonger dans mes numéros poussiéreux qui me permettront de patienter jusqu'au lifting opéré par Rouge Profond...

jeudi 25 avril 2013

3 visages du western italien


La dernière livraison d'Artus Films ravira ceux qui, comme moi, bavent régulièrement en parcourant les pages du pavé de Jean-François Giré : Il était une fois le western européen.
En supposant que vous soyez de la bonne génération et que vous fûtes, à l'époque, au bon endroit (en région parisienne, quoi !), il est impossible que vous ayez vu toutes les perles de ce genre déviant et prolifique qu'on appelait avec plus ou moins de condescendance le "western spaghetti". Vu le rythme stakhanoviste des productions (en moyenne plus d'un par semaine entre 1965 et 1972), tout ne sortait pas en France. Et c'était souvent tant mieux : pour quelques dizaines de western à (re)découvrir, on ne compte pas le nombre de films anecdotiques, pour ne pas dire négligeables. Ainsi, l'éditeur Seven 7 fut-il pionnier dans l'extirpation de raretés du western italien, avant de se fourvoyer dans les fonds de catalogue, que des jaquettes illustrées par les dessinateurs de Fluide Glacial ne suffirent pas à sauver. Bien sûr, il y a les fanatiques, les inconditionnels et les complétistes qui aimeraient bien tout voir, jusqu'au grotesque Les Ravageurs de l'Ouest, sorti à l'époque chez Evidis dans une copie VF vieille et tremblante. Difficile donc de faire le tri entre la curiosité, l'indispensable et le film qui aurait mieux fait de rester aux oubliettes de l'histoire du cinéma. Tentons le coup avec les 3 nouvelles parutions d'Artus...

On pourra ainsi toujours s'interroger sur la pertinence d'éditer Joe L'implacable (Dynamite Joe) qui ne sera malheureusement pas à ranger dans la catégorie des grandes réussites d'Antonio Margheriti. Son scénario, optant résolument vers la veine comique, voire parodique, met en vedette un mercenaire, docteur ès dynamite, engagé par le gouvernement pour surveiller le transit de l'or régulièrement dérobé par un gang de hors-la-loi.
Redondant, monté à l'arrache et surtout flanqué d'un acteur principal dont l'illusoire ressemblance avec Eastwood ne parvient pas à cacher le manque de talent et de charisme, Joe L'implacable est à peine sauvé par quelques explosions bien senties et des idées qui auraient gagné à être un peu mieux exploitées (le pseudo-révolutionnaire mexicain qui ne quitte jamais son fauteuil même en pleine nature, le héros assiégé au fond de la mine, une rivalité féminine blonde/brune autour de ce même héros) mais qui finissent vite en pétard mouillé.

Rik Van Nutter, il avait le choix entre le poncho et le talent de Clint Eastwood...





 

Dans une veine proche, tourné quasiment à la même époque, Un train pour Durango s'en tire nettement mieux. Peut-être parce qu'il assume un ton égrillard, un goût pour la farce, quelque part entre le roman picaresque et les excès rabelaisiens. Le premier plan montre l'arrivée du tandem principal, dont le héros plié en deux sur son cheval pour avoir pris (je cite) "une balle dans le cul". 
On reconnaît, dans ce duo héroïcomique, des accents de celui que formaient Eastwood et Eli Wallach dans Le Bon, la brute et le truand et l'on peut aussi penser qu'il préfigure celui d'On l'appelle Trinita, d'autant plus que le réalisateur des Trinita, Enzo Barboni est directeur de la photo sur ce film-là.On retrouve également quelques préoccupations sociales chères à Sergio Leone ou Damiano Damiani (El Chuncho) : les différences de classes et de castes, le cynisme et le détournement de la révolution, etc...
Même si, là aussi, le scénario bafouille un peu et perd le rythme de temps en temps, il bénéficie de suffisamment de retournements de situations pour tenir sa logique tordue jusqu'au bout. Agrémenté d'un personnage féminin important et nuancé et de personnages secondaires croquignolets, Un train pour Durango fourmille d'idées sympathiques dont une attaque de train (toujours bienvenue), une scène de roulette russe collective assez drôle et l'humiliation des deux héros enterrés jusqu'au cou subissant l'assaut d'une horde à cheval -dont le bonus nous apprendra qu'elle fut tournée sans trucage-. Avec son final ironique particulièrement réussi, Un train pour Durango se situe dans le milieu du classement, parmi la tripotée de films du genre pas indispensables mais foncièrement sympathiques.



Mais la pépite de cette livraison d'Artus est à coup sûr Texas (Il prizzo del potere), l'un des plus beaux exemples de ce qui fait le prix des expérimentations et détournements du genre : ici, une évocation des tensions qui ont présidé à la naissance de la nation américaine, se doublant d'une passionnante variation sur l'assassinat de JFK.
Difficile de résumer une intrigue qui évolue très rapidement et met en jeu non seulement beaucoup de protagonistes, mais aussi plusieurs niveaux d'un récit dynamité par la duplicité et les revirements des personnages. Le héros, Bill Willer, est déjà difficile à cerner, ayant vécu la guerre de sécession côté nordiste en face de son Texan de père qui combattait pour le camp opposé. Celui-ci sera d'ailleurs lâchement assassiné au début du récit, entachant ainsi la morale immaculée du héros d'un désir de vengeance incompatible avec ses idéaux de tolérance.

1ère image : les sudistes brûlent le portrait de Lincoln, avant la bannière étoilée..
Le racisme "naturel" du pays est aussi largement évoqué avec le personnage de Jack Donovan, ami du héros qui a eu la mauvaise idée de naître noir, au Texas. Corruption de fonctionnaires, lobby financier (incarné ici par Fernando Rey, en banquier véreux tout puissant), presse soumise au pouvoir, racisme plus ou moins hypocrite, manipulation du peuple et théorie du complot nourrissent un scénario articulé autour d'un morceau de bravoure : l'assassinat du président des États-Unis. La séquence centrale du film est cadrée et découpée pour évoquer immanquablement les fameuses images du 22 novembre 1963, d'autant plus que l'action du film se déroule à Dallas, qu'il y a plusieurs tireurs embarqués et l'épouse du président assise à son côté, au centre du cortège...

L'assassinat du président : un troublant effet de "déjà vu".

Ce n'est qu'une des idées brillantes d'un scénario atypique signé Massimo Patrizi, responsable l'année d'avant de celui de Les Russes ne boiront pas de Coca-Cola de Luigi Comencini... Quant au réalisateur, Tonino Valerii, il est souvent oublié lorsqu'on évoque les grands noms du western italien, probablement parce qu'il sait se montrer discret, très en retrait des étincelles baroques qui illuminent le genre. En plus de cette réussite, on lui doit tout de même le chant du cygne du spaghetti, Mon nom est personne, mais aussi le très sous-estimé Le Dernier jour de la colère sorti voici belle lurette chez Seven 7.



Les DVD :
Qualité des copies et de la compression : Artus propose trois DVD plutôt irréprochables, d'autant plus que les films, généralement sortis dans des versions mutilées en France, sont ici proposés dans leur métrage intégral. Les VF passent en VO sous-titrés lors des séquences originellement coupées. 
C'est cette fois Curd Ridel qui assure les trois suppléments. Le dessinateur-scénariste de BD, un temps en charge de Pif et Hercule, est un autre fou furieux du western italien. Il se concentre plus particulièrement sur les acteurs des trois films en faisant défiler à l'écran une impressionnante collection de DVD qui devrait en faire baver plus d'un (voir en début d'article).
Moins historien et plus enthousiaste que Ramaïolli, il évoque avec gourmandise les "chouettes" films d'Anthony Steffen, Giuliano Gemma et de toutes les trognes qu'on retrouve régulièrement dans les rôles de seconds couteaux. Peut-être pour des raisons de proximité géographique, il est un des rares à savoir que l'actrice principale d'Un train pour Durango, Dominique Boschero, est devenue aujourd'hui une ardente prosélyte de la culture occitane sous le nom de Dominique Bosquier. Il est aussi détenteur d'un roman photo inspiré du film qui semble valoir son pesant de cacahuètes !
   



jeudi 18 avril 2013

Un giallo à la sauce allemande



Masks d’Andréas Marshall


Oui, oui, vous avez bien lu. Les Allemands se mettent à faire des giallli. Genre que l’on pensait disparu ou bien ressuscité par éclat et notamment par le maître et inventeur du genre Dario Argento.

Mais « Méfiez vous des apparences » est-il écrit comme phrase d’accroche sur la jaquette. Ah nous voilà prévenu. Ce film allemand d’horreur se découvre donc au fur et à mesure comme un véritable giallo, un genre historiquement incarné par les cinéastes italiens. Né dans les années 70, celui-ci a des codes bien spécifiques avec son tueur pervers et mystérieux, habillé de noir, portant des gants... et traînant souvent avec lui des traumatismes qui remontent à l’enfance. Il y a tout ça dans Masks avec en plus un hommage à Dario Argento. En effet, comment ne pas voir dans Stella, belle jeune fille intégrant une école d'acteurs privée, la jeune Suzy arrivant dans une académie de danse dans le Suspira d’Argento. Tout au long du film on reconnaît la lumière rouge  baignant le visage de l’héroïne, les couloirs inquiétants, les paroles chuchotées s’échappant des portes laissées entrouvertes ou de derrière ses rideaux. 



Mais la différence c’est que Suspiria n’était pas un giallo mais un film d’horreur fantastique avec ses sorcières. Ici donc, pas de sorcellerie mais des méthodes barbares de théâtre. L’école où atterrît Stella a un passé sulfureux : dans les années 70, le professeur de théâtre Matteusz Gdula y pratiquait une méthode violente et perverse. La mort de plusieurs étudiants et le suicide de Gdula avaient d’ailleurs imposé l’interdiction de celle-ci. Mais a-t-elle vraiment disparu ?




Ratant une audition dans une prestigieuse académie, Stella est donc dirigée vers cette école où, dès ses premiers pas, elle tombe nez à nez avec une jeune femme qui semble s’en enfuir. Mal accueillie par les étudiants, elle cherche à faire sa place et découvre que des cours particuliers, très secrets, sont donnés derrière une porte toujours fermée. Tiens tiens… Son désir de devenir une formidable actrice sera plus fort que le danger et engagera alors le film dans une variation faustienne. Stella ira-t-elle jusqu’à pactiser avec le diable et boire le sang de ses concurrentes pour réussir ? 


Ne pourrait-on pas y voir aussi une réflexion tarabiscotée sur la perversité des acteurs et leurs méthodes d’interprétation où ils sont parfois appelés à se projeter personnellement dans leur personnage, à rechercher en leur moi intérieur les émotions à jouer, jusqu’à passer par différents masques ! Et oui, ils sont là les masques du titre du film.

Ainsi, l’auteur réalise un giallo dans les règles de l’art, n’hésitant pas à faire dans le sanguinolent et à jouer de la perversité de ces meurtres, tous très silencieux au bout d’une longue et fine épée. L’horreur en est décuplée. Des meurtres qui ne traînent pas en longueur d’ailleurs et c’est une bonne chose. Andréas Marshall ne veut peut pas mettre les spectateurs en position de voyeur/pervers devant ces scènes de violence mais désire, par contre, montrer la perversité du tueur. C’est l’essentiel et encore une fois, nous sommes bien loin des références à la série Saw que l’on peut lire sur cette jaquette. Là aussi méfions nous donc des apparences. Sinon, il y a bien quelques petits passages ringards de mise en scène avec ces montages épileptiques d’images subliminales lorsque Stella vit des moments d’intenses introspection-droguées. On peut aussi très bien considérer que cela fait partie du décorum et cela ne dénote donc pas.


Alors sans le génie de la mise en scène d’un Argento mais avec un certain savoir-faire, de l’humilité aussi, Marshall, comme un bon artisan, réussit à mouler un intéressant Masks, giallo allemand contemporain. 
Julien Camy


Masks De Andréas Marschall, avec Susen Ermich et Peter Donath
Editeur Filmedia (Blu-ray et DVD)


dimanche 7 avril 2013

En mai, flingue ce qu'il te plaît !

Après un début de printemps un peu lourd, les bonnes nouvelles arrivent enfin. 
Artus Films annonce 3 westerns italiens pour le mois de mai, en versions intégrales inédites :  
- Un train pour Durango signé Mario Caiano (réalisateur des Amants d'outre-tombe avec Barbara Steele)
- Texas de Tonino Valerii (Mon nom est personne, et Le Dernier Jour de la Colère)
- Joe L'Implacable (Dynamite Joe) d'Antonio Margheriti qu'on ne présente plus.


Normalement, on devrait vous chroniquer tout ça en détail ici-même.

L'éditeur annonce aussi pour le mois de juin 3 titres pour lancer la collection British Horror. Plus rien ne les arrête...

samedi 6 avril 2013

Sale temps pour le cinéma de genre espagnol

Quatre jours après Jess Franco, Bigas Luna vient de mourir. Qui va célébrer les noces du sexe et du sang maintenant ?


mercredi 3 avril 2013

Jesús est mort

Au stakhanoviste fétichiste obsessionnel du cinéma. 
A ses muses Lina Romay, Soledad Miranda et les autres. 
La température vient de prendre 50° supplémentaires en enfer.


Jess Franco 1930 - 2013

mercredi 27 mars 2013

Walter Salles à Alès

Photo : Maïlis Donnet


Le réalisateur de Carnets de voyage et Central Do Brasil a passé trois jours au Festival Itinérances à Alès. Il a présenté une grande partie de ses films, longs et courts, a animé une master class, charmé tout ceux qui l'ont croisé et, accessoirement, évoqué Peeping Tom devant une salle comble venue revoir Le Fanfaron qu'il avait choisi pour une carte blanche... La classe, quoi !

jeudi 21 mars 2013

Il était temps

Il y a un peu moins de deux ans nous mettions en ligne le 18ème et dernier épisode du feuilleton adapté d'Hollywood Babylone, le bouquin de Kenneth Anger qui prenait l'usine à rêve par son côté obscur.
Cette série était tirée de l'édition Régine Desforges : une version raccourcie du texte original jusqu'ici jamais paru en France dans son intégralité.
L'éditeur exemplaire Tristram vient de réparer cette absurdité en sortant un Hollywood Bavbylone enfin complet, en édition souple de 300 pages, abondamment illustrée, à un prix plus qu'honnête (11€ et des poussières...)
Ce qui n'était alors qu'un ouvrage culte, connu des seuls initiés et nostalgique, vient de bénéficier de quelques articles enthousiastes dans la presse et les exemplaires semblent partir comme des petits pains (certains sites de vente, physique ou virtuels, sont déjà en rupture de stock).
A moins que ce ne soit encore un effet de la Mansfield légèrement décolletée en couverture.

Dans tous les cas ne trainez pas trop et, au cas où il serait trop tard, le feuilleton audio est toujours disponible sur ce blog (onglet "Hollywood Babylone")

dimanche 17 mars 2013

Rebelles dans l'Ouest sauvage


Paradoxalement, le western apparaît aujourd'hui comme un genre totalement obsolète dans le domaine de la diffusion en salles, qu'il s'agisse de circuit commerciaux, de festivals et même en ciné-clubs, mais très vivace dans le domaine de l'édition vidéo ou quelques éditeurs respectueux du cinéma de genre (Seven 7, Wild Side...) mettent à notre portée grands classiques et vraies raretés. Après le formidable Fort Invincible de Gordon Douglas, Artus films étoffe sa collection Les Grands Classiques du Western de deux nouveaux titres : L'Attaque de Fort Douglas et Le Fier Rebelle.

Le premier de ces deux titres, pavé des meilleures intentions, raconte la trajectoire de Jonathan Adams, peintre et chaud lapin, logé à l'intérieur du fort qui donne son titre au film, mais qui passe son temps à l'extérieur pour profiter des paysages sauvages et du modèle féminin qui pose pour ses toiles. Il n'a peur ni des indiens, ni de l'autorité militaire protégeant les colons, et encore moins de sa fiancée qui débarque avec la ferme intention de ramener son homme à la civilisation. Mais un fourbe trafiquant  d'armes va remettre les Mohawk sur le sentier de la guerre et mettre en danger tout ce petit monde.
Pacifiste et libertaire,  L' Attaque de Fort Douglas, sorti en 56, fait partie de ces œuvres qui amorcent les profonds bouleversements idéologiques que subira le genre dans les années 60. En particulier parce qu'il ose le rapprochement très physique entre un visage pale et une indienne, même s'il ne remet pas franchement en cause la légitimité coloniale. 

Le récit reste cependant d'une grande naïveté, sentiment renforcé par une photo décorative et un budget un peu fauché qui donnent un aspect très artificiel au film.L'Attaque de Fort Douglas est parsemé de raccords lumières approximatifs, dus en partie à l'utilisation de stock shots visibles quoi qu'habilement placés. La sympathie du propos et la réussite de quelques séquences mémorables (notamment la traque du peintre par trois indiens dans le crépuscule) gardent au film un charme indéniable.


Plus étonnant, plus émouvant est Le Fier Rebelle, sorti deux ans après, et pourtant très inspiré du grand classique Shane, l'homme des vallées perdues. Même acteur principal, Alan Ladd, et similitude dans le contexte : on y retrouve une femme, un enfant, et un héros droit dans ses bottes qui tente le retour à la ferme. 
Il y a cependant des différences notables. La première vient du fait que l'enfant est ici  le fils du héros, devenu sourd et muet à la suite d'un traumatisme, ce qui détermine le caractère sur-protecteur du père. Entre sa susceptibilité, sa morale et le désir de voir son fils s'épanouir et guérir, le personnage prend une épaisseur psychologique qui rend chacun de ses choix lourd de conséquences. John Chandler, le personnage interprété par Alan Ladd, est aussi d'origine sudiste et se retrouve dans un environnement nordiste, juste après la guerre de sécession, ce qui amplifie ses rapports conflictuels avec les habitants de la petite ville où il s'installe. Il doit faire face à la convoitise, à la corruption, mais aussi à une élémentaire méchanceté xénophobe...
Olivia de Havilland (à gauche) incarne une fermière forte et indépendante

Enfin, Le Fier Rebelle est réalisé par Michael Curtiz, émérite stakhanoviste d'Hollywood, peut-être moins ambitieux (plus modeste !) que George Stevens, le réalisateur de Shane, mais du coup plus efficace. Une mise en scène sans gras, qui dose parfaitement sa progression dramatique, tire tout le jus de la situation tendue dans laquelle s'empètrent les trois personnages principaux. Ca n'empêche pas les sentiments, le film flirtant même avec le mélo, surtout quand la rude fermière Linett s'attendrit devant ce père inflexible et cet enfant plein de vie qui s'incrustent dans sa vie.On n'échappe pas à une vision quasi religieuse avec cette espèce de famille recomposée, mais c'est à travers l'évolution du personnage de John Chandler que le film réussit à maintenir l'intensité et faire naître une émotion assez atypique dans le western.

Mais non c'est pas biblique !

Si parmi les grands acteurs de western Alan Ladd est de toute évidence moins charismatique que Gary Cooper ou Burt Lancaster, il est parfait pour ce rôle de héros rigoureux mais faillible, démontrant justement qu'une morale sans tâche n'empêche pas les erreurs de jugement et ne garantit aucunement la sécurité de ses proches. C'est dans cette remise en cause de la notion même du héros sans faille que le film renouvelle en douceur le western, sans jamais sombrer dans la démonstration psychologique. 
L'un des rares westerns où les tensions s'exacerbent autour d'un chien.
Et puis, Le Fier Rebelle révèle aussi un jeune acteur éblouissant. Non, pas le propre fils d'Alan Ladd qui incarne le gamin traumatisé, mais un Harry Dean Stanton de 32 ans, qui incarne pour son quatrième rôle au cinéma un salopard de première !

Oui, c'est bien lui...


Les DVD :
Certes, côté image les deux DVD ne sont pas irréprochables (notamment au niveau de la définition), mais les copies en bon état permettent d'engranger ces deux raretés du western en v.o. sous-titrée et v.f. aux prix toujours imbattables pratiqués chez Artus films (12€90) avec des jaquettes originales et soignées, et leur fameux bonus toujours confiés à des passionnés :
Pour Fort Douglas c'est le dessinateur-scénariste Georges Ramaïolli qui s'y colle avec un véritable exposé d'historien de l'Ouest. Il prend d'ailleurs ses distances avec le film en pointant quelques aberrations au sujet des costumes et coiffures des indiens. Si c'est loin d'être une exception dans le genre, c'est un peu embêtant pour un film qui se pose en défenseur respectueux des natifs du continent américain.
Sur Le Fier rebelle, on retrouve avec grand plaisir Eddy Moine qui retrace la carrière et les spécificités de tous les collaborateurs du film, sans jamais consulter de notes : un vrai de vrai ! 
Jan Jouvert

mardi 5 mars 2013

Magie noire en Technicolor

Après un hiver à la sexualité débridée, Artus Films amorce le printemps sous le signe de l'aventure.
Nous parlerons très bientôt des deux nouveaux titres qui viennent étoffer leur collection "Les Grands Classiques du Western", mais commençons par cette épopée naïve de chevalerie fantastique : L'Epée enchantée.
C'est le deuxième titre signé Bert I. Gordon à paraître chez l'éditeur (après King Dinosaur inclus dans le coffret croquignolet Les Dinosaures attaquent), un réalisateur cité à maintes reprises dans la bible en 3 volumes des monstres sympathiques : Ze Craignos Monsters de Jean-Pierre Putters, . Il a même sa page dans le premier tome, où maître Putters évoque ainsi L'Epée enchantée : "une fantaisie très bon enfant, mais artistiquement très riche et presque exagérément colorée".

Avant Jabberwocky, avant Sacré Graal : L'épée enchantée

Il s'agit en fait d'une œuvre ambitieuse par son récit qui revisite le mythe de George face au dragon dans une atmosphère où se côtoient les légendes arthuriennes et quelques résidus de la mythologie grecque. Il est difficile de ne pas penser aux tribulations d'Ulysse, ou à Jason et les Argonautes, le héros étant obligé de traverser une série d'épreuves à la rencontre de quelques monstres et créatures délicieusement hideux : sorcier et sorcière, ogre, vampire et, bien sûr, dragon, sans compter un singe en habit de chevalier et une créature  à deux têtes qui fait la tambouille chez la mère adoptive de notre héros.
Les statues de pierre se changent en preux chevaliers et la bombe sexuelle (française...) en horrible suceuse de sang. Il y a du fourbe et du félon, du sbire à tête de cône, de la princesse se baignant nue dans le courant d'une onde pure, des portes secrètes, et, bien sûr de l'armure et de l'épée magiques. Tout ce petit monde s'observe par miroir ou reflets magiques, inventant la surveillance à distance bien avant les entreprises de sécurité actuelles.
Autre signe d'une modernité bluffante, les chevaliers qui accompagnent George le héros anticipent l'Union Européenne de quelques siècles avec le chevalier Denis de France, le baron Ulrich d'Allemagne, Antonio d'Italie, Pedro d'Espagne, James l'Ecossais et Patrick l'Irlandais...
Comme on est très loin des budgets pharaoniques d'Hollywood, le récit de Bert I. Gordon est un peu à l'emporte pièce, il y a quelques raccourcis, voire quelques trous béants dans le scénario (Mais pourquoi le fourbe fait-il confiance au félon ? Mais à quoi sert le roi ?) et nos mauvaises pulsions de spectateur nous amènent parfois à souhaiter un peu plus de sexe et de sang sur des situations qui ne demandent que ça... Mais en fait, ce n'est pas le genre de la maison. Gordon est un grand naïf emporté par son récit, un doux rêveur, peut-être moins génial que Ray Harryhausen mais plus inspiré qu'Ed Wood, il en fait le plus possible avec les moyens du bord, contournant les obstacles à grands coup ellipses et d'idées farfelues.

 

 Les premiers écrans plats, au Moyen-Age





 Enfin, si le casting est un peu inégal on ne peut passer sous silence la présence réjouissante de Basil Rathbone dans le rôle de l'infâme sorcier Lodac, l'un de ses derniers grands rôles après une flopée de Sherlock Holmes, et avant The Ghost in the Invisible Bikini qui manque à notre culture.

La Cène, version coneheads


Le DVD :
Si la définition passe un peu moins bien l'épreuve du vidéoprojecteur que les excellents DVD de la série Jess Franco, le plaisir de retrouver le technicolor d'époque dans une copie bien conservée et la rareté du film (proposé ici en v.f. ou en v.o. sous titrée) en font d'ores et déjà un objet précieux.
Et c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Alain Petit dans le bonus qui part de sa découverte du film et développe sur 45 minutes la genèse du film et la biographie de ceux qui l'ont fait, avec son aisance et sa gourmandise habituelle.
Jan Jouvert


L'extrait ci-dessous est bien tiré de la version originale de L'épée enchantée. 
Sa morale est simple : méfiez-vous des Françaises !