mardi 5 mars 2013

Magie noire en Technicolor

Après un hiver à la sexualité débridée, Artus Films amorce le printemps sous le signe de l'aventure.
Nous parlerons très bientôt des deux nouveaux titres qui viennent étoffer leur collection "Les Grands Classiques du Western", mais commençons par cette épopée naïve de chevalerie fantastique : L'Epée enchantée.
C'est le deuxième titre signé Bert I. Gordon à paraître chez l'éditeur (après King Dinosaur inclus dans le coffret croquignolet Les Dinosaures attaquent), un réalisateur cité à maintes reprises dans la bible en 3 volumes des monstres sympathiques : Ze Craignos Monsters de Jean-Pierre Putters, . Il a même sa page dans le premier tome, où maître Putters évoque ainsi L'Epée enchantée : "une fantaisie très bon enfant, mais artistiquement très riche et presque exagérément colorée".

Avant Jabberwocky, avant Sacré Graal : L'épée enchantée

Il s'agit en fait d'une œuvre ambitieuse par son récit qui revisite le mythe de George face au dragon dans une atmosphère où se côtoient les légendes arthuriennes et quelques résidus de la mythologie grecque. Il est difficile de ne pas penser aux tribulations d'Ulysse, ou à Jason et les Argonautes, le héros étant obligé de traverser une série d'épreuves à la rencontre de quelques monstres et créatures délicieusement hideux : sorcier et sorcière, ogre, vampire et, bien sûr, dragon, sans compter un singe en habit de chevalier et une créature  à deux têtes qui fait la tambouille chez la mère adoptive de notre héros.
Les statues de pierre se changent en preux chevaliers et la bombe sexuelle (française...) en horrible suceuse de sang. Il y a du fourbe et du félon, du sbire à tête de cône, de la princesse se baignant nue dans le courant d'une onde pure, des portes secrètes, et, bien sûr de l'armure et de l'épée magiques. Tout ce petit monde s'observe par miroir ou reflets magiques, inventant la surveillance à distance bien avant les entreprises de sécurité actuelles.
Autre signe d'une modernité bluffante, les chevaliers qui accompagnent George le héros anticipent l'Union Européenne de quelques siècles avec le chevalier Denis de France, le baron Ulrich d'Allemagne, Antonio d'Italie, Pedro d'Espagne, James l'Ecossais et Patrick l'Irlandais...
Comme on est très loin des budgets pharaoniques d'Hollywood, le récit de Bert I. Gordon est un peu à l'emporte pièce, il y a quelques raccourcis, voire quelques trous béants dans le scénario (Mais pourquoi le fourbe fait-il confiance au félon ? Mais à quoi sert le roi ?) et nos mauvaises pulsions de spectateur nous amènent parfois à souhaiter un peu plus de sexe et de sang sur des situations qui ne demandent que ça... Mais en fait, ce n'est pas le genre de la maison. Gordon est un grand naïf emporté par son récit, un doux rêveur, peut-être moins génial que Ray Harryhausen mais plus inspiré qu'Ed Wood, il en fait le plus possible avec les moyens du bord, contournant les obstacles à grands coup ellipses et d'idées farfelues.

 

 Les premiers écrans plats, au Moyen-Age





 Enfin, si le casting est un peu inégal on ne peut passer sous silence la présence réjouissante de Basil Rathbone dans le rôle de l'infâme sorcier Lodac, l'un de ses derniers grands rôles après une flopée de Sherlock Holmes, et avant The Ghost in the Invisible Bikini qui manque à notre culture.

La Cène, version coneheads


Le DVD :
Si la définition passe un peu moins bien l'épreuve du vidéoprojecteur que les excellents DVD de la série Jess Franco, le plaisir de retrouver le technicolor d'époque dans une copie bien conservée et la rareté du film (proposé ici en v.f. ou en v.o. sous titrée) en font d'ores et déjà un objet précieux.
Et c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Alain Petit dans le bonus qui part de sa découverte du film et développe sur 45 minutes la genèse du film et la biographie de ceux qui l'ont fait, avec son aisance et sa gourmandise habituelle.
Jan Jouvert


L'extrait ci-dessous est bien tiré de la version originale de L'épée enchantée
Sa morale est simple : méfiez-vous des Françaises !

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