mercredi 27 mars 2013

Walter Salles à Alès

Photo : Maïlis Donnet


Le réalisateur de Carnets de voyage et Central Do Brasil a passé trois jours au Festival Itinérances à Alès. Il a présenté une grande partie de ses films, longs et courts, a animé une master class, charmé tout ceux qui l'ont croisé et, accessoirement, évoqué Peeping Tom devant une salle comble venue revoir Le Fanfaron qu'il avait choisi pour une carte blanche... La classe, quoi !

jeudi 21 mars 2013

Il était temps

Il y a un peu moins de deux ans nous mettions en ligne le 18ème et dernier épisode du feuilleton adapté d'Hollywood Babylone, le bouquin de Kenneth Anger qui prenait l'usine à rêve par son côté obscur.
Cette série était tirée de l'édition Régine Desforges : une version raccourcie du texte original jusqu'ici jamais paru en France dans son intégralité.
L'éditeur exemplaire Tristram vient de réparer cette absurdité en sortant un Hollywood Bavbylone enfin complet, en édition souple de 300 pages, abondamment illustrée, à un prix plus qu'honnête (11€ et des poussières...)
Ce qui n'était alors qu'un ouvrage culte, connu des seuls initiés et nostalgique, vient de bénéficier de quelques articles enthousiastes dans la presse et les exemplaires semblent partir comme des petits pains (certains sites de vente, physique ou virtuels, sont déjà en rupture de stock).
A moins que ce ne soit encore un effet de la Mansfield légèrement décolletée en couverture.

Dans tous les cas ne trainez pas trop et, au cas où il serait trop tard, le feuilleton audio est toujours disponible sur ce blog (onglet "Hollywood Babylone")

dimanche 17 mars 2013

Rebelles dans l'Ouest sauvage


Paradoxalement, le western apparaît aujourd'hui comme un genre totalement obsolète dans le domaine de la diffusion en salles, qu'il s'agisse de circuit commerciaux, de festivals et même en ciné-clubs, mais très vivace dans le domaine de l'édition vidéo ou quelques éditeurs respectueux du cinéma de genre (Seven 7, Wild Side...) mettent à notre portée grands classiques et vraies raretés. Après le formidable Fort Invincible de Gordon Douglas, Artus films étoffe sa collection Les Grands Classiques du Western de deux nouveaux titres : L'Attaque de Fort Douglas et Le Fier Rebelle.

Le premier de ces deux titres, pavé des meilleures intentions, raconte la trajectoire de Jonathan Adams, peintre et chaud lapin, logé à l'intérieur du fort qui donne son titre au film, mais qui passe son temps à l'extérieur pour profiter des paysages sauvages et du modèle féminin qui pose pour ses toiles. Il n'a peur ni des indiens, ni de l'autorité militaire protégeant les colons, et encore moins de sa fiancée qui débarque avec la ferme intention de ramener son homme à la civilisation. Mais un fourbe trafiquant  d'armes va remettre les Mohawk sur le sentier de la guerre et mettre en danger tout ce petit monde.
Pacifiste et libertaire,  L' Attaque de Fort Douglas, sorti en 56, fait partie de ces œuvres qui amorcent les profonds bouleversements idéologiques que subira le genre dans les années 60. En particulier parce qu'il ose le rapprochement très physique entre un visage pale et une indienne, même s'il ne remet pas franchement en cause la légitimité coloniale. 

Le récit reste cependant d'une grande naïveté, sentiment renforcé par une photo décorative et un budget un peu fauché qui donnent un aspect très artificiel au film.L'Attaque de Fort Douglas est parsemé de raccords lumières approximatifs, dus en partie à l'utilisation de stock shots visibles quoi qu'habilement placés. La sympathie du propos et la réussite de quelques séquences mémorables (notamment la traque du peintre par trois indiens dans le crépuscule) gardent au film un charme indéniable.


Plus étonnant, plus émouvant est Le Fier Rebelle, sorti deux ans après, et pourtant très inspiré du grand classique Shane, l'homme des vallées perdues. Même acteur principal, Alan Ladd, et similitude dans le contexte : on y retrouve une femme, un enfant, et un héros droit dans ses bottes qui tente le retour à la ferme. 
Il y a cependant des différences notables. La première vient du fait que l'enfant est ici  le fils du héros, devenu sourd et muet à la suite d'un traumatisme, ce qui détermine le caractère sur-protecteur du père. Entre sa susceptibilité, sa morale et le désir de voir son fils s'épanouir et guérir, le personnage prend une épaisseur psychologique qui rend chacun de ses choix lourd de conséquences. John Chandler, le personnage interprété par Alan Ladd, est aussi d'origine sudiste et se retrouve dans un environnement nordiste, juste après la guerre de sécession, ce qui amplifie ses rapports conflictuels avec les habitants de la petite ville où il s'installe. Il doit faire face à la convoitise, à la corruption, mais aussi à une élémentaire méchanceté xénophobe...
Olivia de Havilland (à gauche) incarne une fermière forte et indépendante

Enfin, Le Fier Rebelle est réalisé par Michael Curtiz, émérite stakhanoviste d'Hollywood, peut-être moins ambitieux (plus modeste !) que George Stevens, le réalisateur de Shane, mais du coup plus efficace. Une mise en scène sans gras, qui dose parfaitement sa progression dramatique, tire tout le jus de la situation tendue dans laquelle s'empètrent les trois personnages principaux. Ca n'empêche pas les sentiments, le film flirtant même avec le mélo, surtout quand la rude fermière Linett s'attendrit devant ce père inflexible et cet enfant plein de vie qui s'incrustent dans sa vie.On n'échappe pas à une vision quasi religieuse avec cette espèce de famille recomposée, mais c'est à travers l'évolution du personnage de John Chandler que le film réussit à maintenir l'intensité et faire naître une émotion assez atypique dans le western.

Mais non c'est pas biblique !

Si parmi les grands acteurs de western Alan Ladd est de toute évidence moins charismatique que Gary Cooper ou Burt Lancaster, il est parfait pour ce rôle de héros rigoureux mais faillible, démontrant justement qu'une morale sans tâche n'empêche pas les erreurs de jugement et ne garantit aucunement la sécurité de ses proches. C'est dans cette remise en cause de la notion même du héros sans faille que le film renouvelle en douceur le western, sans jamais sombrer dans la démonstration psychologique. 
L'un des rares westerns où les tensions s'exacerbent autour d'un chien.
Et puis, Le Fier Rebelle révèle aussi un jeune acteur éblouissant. Non, pas le propre fils d'Alan Ladd qui incarne le gamin traumatisé, mais un Harry Dean Stanton de 32 ans, qui incarne pour son quatrième rôle au cinéma un salopard de première !

Oui, c'est bien lui...


Les DVD :
Certes, côté image les deux DVD ne sont pas irréprochables (notamment au niveau de la définition), mais les copies en bon état permettent d'engranger ces deux raretés du western en v.o. sous-titrée et v.f. aux prix toujours imbattables pratiqués chez Artus films (12€90) avec des jaquettes originales et soignées, et leur fameux bonus toujours confiés à des passionnés :
Pour Fort Douglas c'est le dessinateur-scénariste Georges Ramaïolli qui s'y colle avec un véritable exposé d'historien de l'Ouest. Il prend d'ailleurs ses distances avec le film en pointant quelques aberrations au sujet des costumes et coiffures des indiens. Si c'est loin d'être une exception dans le genre, c'est un peu embêtant pour un film qui se pose en défenseur respectueux des natifs du continent américain.
Sur Le Fier rebelle, on retrouve avec grand plaisir Eddy Moine qui retrace la carrière et les spécificités de tous les collaborateurs du film, sans jamais consulter de notes : un vrai de vrai ! 
Jan Jouvert

mardi 5 mars 2013

Magie noire en Technicolor

Après un hiver à la sexualité débridée, Artus Films amorce le printemps sous le signe de l'aventure.
Nous parlerons très bientôt des deux nouveaux titres qui viennent étoffer leur collection "Les Grands Classiques du Western", mais commençons par cette épopée naïve de chevalerie fantastique : L'Epée enchantée.
C'est le deuxième titre signé Bert I. Gordon à paraître chez l'éditeur (après King Dinosaur inclus dans le coffret croquignolet Les Dinosaures attaquent), un réalisateur cité à maintes reprises dans la bible en 3 volumes des monstres sympathiques : Ze Craignos Monsters de Jean-Pierre Putters, . Il a même sa page dans le premier tome, où maître Putters évoque ainsi L'Epée enchantée : "une fantaisie très bon enfant, mais artistiquement très riche et presque exagérément colorée".

Avant Jabberwocky, avant Sacré Graal : L'épée enchantée

Il s'agit en fait d'une œuvre ambitieuse par son récit qui revisite le mythe de George face au dragon dans une atmosphère où se côtoient les légendes arthuriennes et quelques résidus de la mythologie grecque. Il est difficile de ne pas penser aux tribulations d'Ulysse, ou à Jason et les Argonautes, le héros étant obligé de traverser une série d'épreuves à la rencontre de quelques monstres et créatures délicieusement hideux : sorcier et sorcière, ogre, vampire et, bien sûr, dragon, sans compter un singe en habit de chevalier et une créature  à deux têtes qui fait la tambouille chez la mère adoptive de notre héros.
Les statues de pierre se changent en preux chevaliers et la bombe sexuelle (française...) en horrible suceuse de sang. Il y a du fourbe et du félon, du sbire à tête de cône, de la princesse se baignant nue dans le courant d'une onde pure, des portes secrètes, et, bien sûr de l'armure et de l'épée magiques. Tout ce petit monde s'observe par miroir ou reflets magiques, inventant la surveillance à distance bien avant les entreprises de sécurité actuelles.
Autre signe d'une modernité bluffante, les chevaliers qui accompagnent George le héros anticipent l'Union Européenne de quelques siècles avec le chevalier Denis de France, le baron Ulrich d'Allemagne, Antonio d'Italie, Pedro d'Espagne, James l'Ecossais et Patrick l'Irlandais...
Comme on est très loin des budgets pharaoniques d'Hollywood, le récit de Bert I. Gordon est un peu à l'emporte pièce, il y a quelques raccourcis, voire quelques trous béants dans le scénario (Mais pourquoi le fourbe fait-il confiance au félon ? Mais à quoi sert le roi ?) et nos mauvaises pulsions de spectateur nous amènent parfois à souhaiter un peu plus de sexe et de sang sur des situations qui ne demandent que ça... Mais en fait, ce n'est pas le genre de la maison. Gordon est un grand naïf emporté par son récit, un doux rêveur, peut-être moins génial que Ray Harryhausen mais plus inspiré qu'Ed Wood, il en fait le plus possible avec les moyens du bord, contournant les obstacles à grands coup ellipses et d'idées farfelues.

 

 Les premiers écrans plats, au Moyen-Age





 Enfin, si le casting est un peu inégal on ne peut passer sous silence la présence réjouissante de Basil Rathbone dans le rôle de l'infâme sorcier Lodac, l'un de ses derniers grands rôles après une flopée de Sherlock Holmes, et avant The Ghost in the Invisible Bikini qui manque à notre culture.

La Cène, version coneheads


Le DVD :
Si la définition passe un peu moins bien l'épreuve du vidéoprojecteur que les excellents DVD de la série Jess Franco, le plaisir de retrouver le technicolor d'époque dans une copie bien conservée et la rareté du film (proposé ici en v.f. ou en v.o. sous titrée) en font d'ores et déjà un objet précieux.
Et c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Alain Petit dans le bonus qui part de sa découverte du film et développe sur 45 minutes la genèse du film et la biographie de ceux qui l'ont fait, avec son aisance et sa gourmandise habituelle.
Jan Jouvert


L'extrait ci-dessous est bien tiré de la version originale de L'épée enchantée
Sa morale est simple : méfiez-vous des Françaises !



jeudi 7 février 2013

En attendant Alfred

Quelques infos concernant le fanzine Peeping Tom, Tout d'abord pour vous annoncer que le hors-série Paul Schrader que nous avons trimballé de Nice à Genève est désormais officiellement épuisé. Cela dit, si nos stocks sont vides, allez donc faire un tour chez Sin'Art, j'ai ouï dire qu'ils détenaient les tout derniers numéros...
La seconde concerne le futur hors-série dédié aux héritiers d'Hitchcock (le giallo, De Palma et bien au-delà). Depuis quelques années nous avons adopté le rythme de deux numéros par an, mais nous allons devoir sauter un tour pour des raisons rédactionnelles (les rédacteurs sont tous très occupés ces temps-ci) et financières (Peeping Tom est cher à fabriquer et un peu long à rentabiliser).
Le fanzine dédié au cinéma de genre et aux francs-tireurs n'est pas moribond pour autant : retour à l'automne 2013 avec les enfants d'Alfred.
D'ici la, c'est ici que ça se passe !

mardi 29 janvier 2013

Iron Sky, où quand les Nazis contre-attaquaient de la Lune


Inconnu au bataillon des sorties de films, Iron Sky, film de science fiction, se présente comme un vrai et pur nanar mais made in 2012. « Les maquettes en carton doivent être remplacées par des effets spéciaux au rabais », me dis-je lorsque je place le DVD dans le lecteur. Impossible aussi de prononcer le nom du réalisateur : Timo Vuorensola.
Déjà, l’histoire est formidable. Des Nazis se sont enfuis de la terre en 1945 pour se réfugier sur la face cachée de la Lune. Là, ils ruminent leur vengeance et préparent une contre-attaque en produisant de l’hélium 3. En 2018, un module américain alunit sur la face cachée. Un des spationautes est tué, l’autre emprisonné. Après les Nazis mort-vivants congelés dans Dead Snow, un autre nanar mais d’horreur, les voici donc en spationautes rancuniers, bien vivants et bien méchants.

Il fallait y penser à cette histoire rocambolesque. Et puis après, il faut y croire au projet. Peu de producteurs y crurent.

Cependant, une fois passées ces premières minutes d’a priori, les préjugés tombent devant ce film qui se tient. Tout d’abord par ses effets spéciaux de plutôt bonne qualité. Il n’y a rien de ridicule. Les reconstitutions ne font pas carton-pâte et l’environnement lunaire assez soigné. La base nazie en forme de croix gammée est d’ailleurs assez terrifiante. 

 Mais, il n’y a pas que cela. Les thèmes et les développements de l’histoire surprennent par une réflexion sur notre monde, juste mais simpliste au premier abord, se révélant joyeusement perverse par la suite. Pour les États-Unis retourner sur la Lune était avant tout un coup médiatique de la présidente des USA (ressemblant à s’y méprendre à la réactionnaire Sarah Palin) dans le cadre de sa campagne de réélection. Mais n’est-ce pas plutôt une stratégie pour s’emparer des ressources énergétiques d’Hélium 3 ? « Bien sûr que non » dira l’émissaire américain à l’ONU devant de telles accusations. 

 
Mais Iron Sky devient véritablement intéressant en prenant de l’épaisseur quand il fait se rencontrer la mission nazie avec la directrice de campagne de la présidente. La rhétorique politique nazie va y trouver une résonance et ce sont eux qui vont se mettre alors à écrire le discours de la candidate pour sa réélection. La confusion politique est troublante, dérangeante et pointe le doigt sur la manipulation politique par le discours. Le film est donc loin d’être le caprice d’un réalisateur raté ou une potacherie de science-fiction, c’est un film politique de science-fiction – et d’anticipation ? Les références sont nombreuses, à Star Wars bien évidemment mais surtout à Doctor Folamour dans le cynisme, l’ironie, le burlesque avec lesquels sont traitées les réunions de l’ONU. Film foncièrement antimilitariste, il délivre une morale humaniste gentillette démontrant comment les esprits peuvent être manipulés et notamment par le cinéma. C’est devant la projection sur terre du Dictateur de Chaplin dans son intégralité qu’une des héroïnes nazies ouvrira les yeux. Jusqu’ici, sur la Lune, elle n’en avait vu qu’une courte partie, détournée par la propagande.
Cependant, je vous rassure, Iron Sky n’oublie pas d’être un film de genre fauché, une série entre B et Z, avec une distribution réduite, des personnages et un jeu stéréotypés, des dialogues et des décors (réels) a minima, des scènes improbables, et un combat final titanesque plutôt réussi, faisant penser à la Guerre des mondes. Heureusement donc qu’il y a plein d’idées, de l’énergie, de bons programmateurs d’effets spéciaux, du rythme et beaucoup de sincérité. Tout cela fait la réussite de ce film qui se regarde avec une petite jubilation, celle d’être devant du cinéma fait par des amoureux du cinéma.  
Il faut aussi savoir que ce film s’est réalisé grâce à la participation financière de milliers de personnes qui avaient été sensibilisées au projet. Les auteurs sont donc arrivés au bout. Pari réussi pour cette belle découverte de début d’année. 
Julien Camy 



Iron Sky (2012, 1h33, Aus-Fin-All)
De Timo Vuorensola, avec Julia Dietze, Götz Otto, Udo Kier, Christopher Kirby
- Editeur Condor en DVD et Blue-ray – 18 février Coffret : Livret de 16 pages - Making of (16')  NB : La version presse du DVD ne contenait que le film. Il ne nous a donc pas été permis de visionner le Making Of’.