jeudi 22 novembre 2012

MAESTRO


Invité par les Rencontres Cinématographiques de Cannes qui auront lieu du 10 au 16 décembre 2012, Peeping Tom aura l'immense plaisir de présenter la soirée du jeudi 13 en compagnie de... Dario Argento. Pour l'occasion, trois films donneront un aperçu de son talent : L’Oiseau au plumage de cristal, Suspiria et Le Sang des innocents
Le dieu vivant de l'horreur à l'italienne est annoncé en chair et en sang sur les 3 séances...

mardi 13 novembre 2012

Quand l'underground français surgit des profondeurs


Cinéphiles déviants, fanzinophiles compulsifs, monstrophiles obsessionnels, vous connaissez certainement Norbert Moutier, rédacteur éditeur, diffuseur du mythique Monster Bis (83 numéro en 24 ans d'existence : un modèle pour le monde du fanzinat) et réalisateur de films aussi cultes qu'invisibles.

A l'occasion de la sortie du DVD de son premier péché Ogroff - Mad Mutilator (1983) chez Artus Films, une après-midi vente de DVD / dédicace aura lieu le mercredi 21 novembre 2012, à partir de 14h00 à la librairie BD Ciné, en sa présence.
C'est 6 rue Pierre Sémard, à Paris.
Allez-y, vous nous raconterez...

dimanche 4 novembre 2012

A la poursuite de Paul Schrader - épisode 2 : la Suisse



Invité par les cinémas du Grütli, à Génève, notre fanzine aura l'honneur de présenter une programmation concoctée avec Edouard Waintrop (directeur des lieux et délégué général de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes) autour de Paul Schrader.
Blue CollarAfflicition et Auto Focus donneront un aperçu du meilleur de sa filmographie en tant que réalisateur. Mais nous aurons aussi l'occasion rare de voir l'un de ses premiers films en tant que scénariste, Yakuza de Sydney Pollack, ainsi que deux séances consacrées à des réalisateurs qui sont des influences majeures de Schrader : Bresson avec Pickpocket et Ozu avec Conte de Tokyo.
Si vous êtes vers Genève les 10 et 11 novembre*, ne loupez pas ce week-end évènementiel. Sinon, on vous racontera... 


*Et non pas les 11 et 12, comme indiqué par erreur précédemment...

jeudi 1 novembre 2012

Le château des fesses molles



Dans le cinéma d'exploitation, entre Jean Rollin et Jess Franco, il y a Joseph W. Sarno, réalisateur d'une grosse centaine de films allant du thriller psychologique au porno hard, en passant par ce Château des Messes noires qu'Artus Films vient d'éditer en DVD. 
De Jean Rollin, il a le romantisme littéraire, le goût des séquences épurées, d'une espèce de fantastique à demi-silencieux écrasé par les vieilles pierres. Avec Jess Franco il partage ce plaisir à filmer le rituel, une façon singulière de caresser les corps avec la caméra et une tendance à la répétition, pour ne pas dire à l'obsession. 
Ainsi, une fois qu'est mis en place le semblant d'intrigue du Château des Messes noires (Par une nuit d'orage, plusieurs personnes, dont un jeune homme et sa sœur spécialisée dans les mythes anciens et croyances populaires, se réfugient dans un château où la gouvernante et ses demoiselles s'adonnent à d'étranges rituels occultes et érotiques) le film va dérouler son ballet d'attractions-répulsions entre les personnages. 

Y'a comme un malaise au château...
 
Le jour, l'action semble avancer à rebours, tandis que les nuits alterneront  rapprochements de couples et cérémonies collectives. Amours saphiques, sadomasochisme, masturbation compulsive, le film décline une belle combinaison de figures érotiques sur lesquelles plane en permanence le vertige d'un inceste fraternel. A cette époque, Joseph Sarno est encore cantonné au soft et, si l'on semble sentir des coupes à certains endroits, l'ensemble reste relativement gentil malgré une omniprésence de la nudité et des caresses. 
La plus grande frustration vient cependant du côté fantastique, le thème du vampirisme étant plus utilisé pour ce qu'il engendre de fascination, d'emprise et de possession entre les personnages que pour son aspect sanguinaire ou horrifique. Les scènes de morsure sont réduites à leur strict minimum et l'attaque d'une des victimes par les chauve-souris est un des moments les plus ridicules du film, la réalisation semblant réticente à montrer les bestioles pendant la majorité de la scène (ce qu'on comprend très bien lorsqu'elle font enfin leur apparition au bout d'un fil).

On reconnaîtra pourtant des qualités inhabituelles dans le cinéma d'exploitation, notamment esthétiques, le film bénéficiant de décors magnifiques (un château en Bavière dont on apprend dans les bonus qu'il appartenait au producteur et inspira donc le film) et d'une photo très au-dessus de la norme. Des intérieurs restituant la lumière des bougies, quelques séquences de poursuites nocturnes, et un même soin à rendre l'intensité des visages et des regards que les corps dénudés des belles actrices : c'est de l'exploit' soignée !
Malheureusement, les répétitions, redondances et l'influence caricaturale de Bergman, aussi bien au niveau du rythme que des plans à plusieurs personnages face caméra, finissent par ramollir la vaillance du spectateur... Un comble pour un film censé nous ragaillardir ! 
Alors, quand le montage ramène pour la quinzième fois les images des rites en sous-sol où une bande de hippies nues et peinturlurées dansent timidement sur du tam-tam minimaliste, on en finit par souhaiter un bain de sang. Comme le disait mieux que moi Jean-Claude Guiguet dans sa critique pour La Saison Cinématographique 75 "Toutes les séquences musicales dans les souterrains du château relèvent moins de l'orgie satanique que d'un méchoui au Club-Méditerrannée."
Le fameux "frontal à la Bergman"

Le même avec une autre

Une variante

La version de trois-quarts

La version "groupir"


Le DVD :
La copie d'origine est très bonne et la compression de bonne facture rend hommage à la belle photo de Steve Silverman. Côté son, si la qualité technique est a peu près équivalente dans les deux langues proposées, on préfèrera pour une fois la version française : dans la v.o., les actrices parlent anglais avec un accent allemand ou suédois qui frise parfois le ridicule. Et puis, le dialogue est plus explicatif et plus élaboré dans la version française, c'est d'ailleurs celui-ci dont s'inspire Artus Films pour le sous-titrages de la v.o.. 
L'éditeur, comme à l’accoutumée, confie son supplément à un spécialiste du genre, en l’occurrence  Emmanuel Lefauvre, connaisseur avisé en érotisme et exploitation, particulièrement calé sur le réalisateur (il a écrit de lui : "Insolence de Joe Sarno : pour ceux qui aiment le porno, il habille les gens, pour ceux qui ne l’aiment pas, il les déshabille."). Il évoque autour du film une histoire et un contexte qui aident à mieux cerner sa singularité et nous convaincraient presque de sa qualité...

  

samedi 27 octobre 2012

Halloween avec Peeping Tom

Mercredi 31 octobre, à 21h30, au cinéma Nestor Burma, séance exceptionnelle du chef-d’œuvre de Narciso Ibanez Serrador : Les Révoltés de l'an 2 000 (alias Quien Puede Matar a un nino ou Los Ninos, ou encore Island of the Damned.)


Le film, projeté pour la première fois à Montpellier, a fait l'objet d'un article dans le numéro 0 de Peeping Tom et sera proposé au tarif unique de 5€. 
On sera là pour présenter la chose et bavarder ensuite avec les enfants de la nuit qui auront tenu le choc. 

vendredi 19 octobre 2012

Enfin !

Un petit mois de retard, mail il est là : voici quelques pages du Numéro 7 de Peeping Tom.
Par choix, nous sommes passés à une couverture non pelliculée que nous trouvons plus belle et qui devrait éviter certains gondolages des numéros précédents.
Pour le commander en ligne, aller à l'onglet Boutique.





























lundi 15 octobre 2012

Se mange froid

Voilà un titre tardif du gothique italien qui met en vedette une Barbara Steele saturée de cinéma d'horreur pour le conte d'une coproduction italo-américaine : à priori ça sent le produit commercial sans âme.
Sauf que, si le film est signé à l'époque par le producteur Ralph Zucker, il est en réalité la première réalisation de Massimo Pupillo (Vierges pour le bourreau) et le moins qu'on puisse dire est qu'il soigne son affaire, malgré son manque d’intérêt pour le genre que nous révèle Alain Petit dans l'indispensable bonus du dvd.
Le film de "vengeance d'outre-tombe" est quasiment un sous genre qu'on pourrait croire inventé pour Barbara Steele (Le Masque du démon, Les Amants d'outre-tombe, ce Cimetière des morts-vivants...) et qui a, en tous cas, pullulé dans le cinéma d'horreur italien. Il a l'avantage de se dérouler la plupart du temps dans un décor unique et de jouer sur une série de codes narratifs très efficaces, combinant avec plus ou moins de bonheur énigme policière et maison hantée.
Le scénario est ici particulièrement travaillé et, si l'histoire n'est pas d'une grande originalité, son point de départ accroche immédiatement le spectateur : un notaire est convoqué par le propriétaire d'une vieille demeure maudite pour finaliser son testament. Lorsqu'il arrive sur les lieux, il apprend que le maître des lieux... est mort depuis un an.
Le site américain de référence Imdb crédite l'histoire d'origine à Edgar Allan Poe, information erronée et démentie dans le bonus, mais qui s'explique peut-être par les scènes où l'on entend, en voix-off, le héros du film qui pense, effet qui rappelle le récit d'horreur à la première personne typique de Poe.


Ici, l'accent est mis sur les accessoires, quelques effets spéciaux et une bande sonore omniprésente pour faire grimper le suspense. Les portes grincent ou claquent, les horloges rythment bruyamment le temps, le tonnerre gronde, les arbres s'agitent et les statues portent les stigmates du mal qui rode. On trouve, derrière des vitrines, des cranes de squelettes, des bras momifiés, des cœurs dans du formol... Sans compter la menace de peste qui permettra, à terme, quelques maquillages purulents fort sympathiques.
Certes, la réalisation n'y va pas de main morte et l'insistance sur les effets sonores tourne parfois à la caricature. Mais, mine de rien, Le Cimetière des morts-vivants anticipe quelques idées du giallo (la comptine infantile chère à Dario Argento) et l'on pense même parfois à Evil Dead (la nature qui semble littéralement agresser la pauvre servante du château, et surtout la voix du mort sur le phonographe à rouleau, ancêtre du magnétophone possédé de Sam Raimi). 
Sur une réalisation beaucoup plus sérieuse et moins pop que celle de Vierges pour le bourreau, Pupillo joue quand-même la carte de l'érotisme en faisant tout son possible pour déshabiller ses deux actrices principales :  Barbara Steele, habilement immergée dans une baignoire, ou couvrant son amant dans une scène de lit, certes soft, mais durant laquelle elle se mord le bras avec sensualité. Quant à l'inconnue Mirella Maravidi, elle se laisse surprendre nue par le fantôme de son père (qui sera le seul à la voir, faut pas rêver non plus !) ou se change derrière un drap suggestif, après s'être vautrée dans la boue au bord du lac.  Bénéficiant d'un très beau noir et blanc signé Carlo Di Palma (chef op' de Blow-Up d'Antonioni et d'une tripotée de Woody Allen, quand-même !) et d'une bande originale tout en finesse d'Aldo Piga, Le Cimetière des Morts Vivants est un film certes daté, mais qui se découvre ou se revoit avec plaisir.
Barbara au bain

Mirella Maravidi enfile un soutien-gorge anachronique (l'action se déroule en 1911) mais sexy tout de même


Le DVD :
La copie et le master sont impeccables, le film bénéficie, en plus de sa v.o. obligatoire, d'une version française honorable. 
Artus Films a étoffé ses bonus de deux scènes supplémentaires issues de la version américaine du film, apparemment plus violente (on a même droit à un effet gore de chute de viscères plutôt inattendu) et moins explicative. 
C'est ce qu'explique l'intarissable Alain Petit, dont les anecdotes sur la mise en route du projet permettent de comprendre les logiques et les enjeux de la production d'époque. Mais ce sont vraiment ses apartés  à propos des aléas la carrière de Barbara Steele, d'un péplum fantastique ou d'un western jamais sorti en France, qui aiguisent l'appétit et laissent à penser qu'il reste encore beaucoup de cinéma de genre à aller ressusciter. A bon éditeur...

vendredi 5 octobre 2012

Gothiquissime















 
Pour d'évidentes raisons commerciales, le cinéma italien a imité dans les années 60-70 les genres les plus populaires du cinéma américain, et, dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, anglais. Au-delà des motivations pécuniaires, il y a quelque chose de fascinant à voir avec quel acharnement les réalisateurs reprennent les codes et tics des modèles et finissent par être plus vrais que les originaux.
Ainsi en va-t-il du gothique italien, calqué en partie sur les Frankenstein et Dracula de la Universal, mais surtout directement inspiré des premiers succès de la Hammer Films qui apporta à la fin des années 50 une dose de violence et d'érotisme au genre, sublimés par une réalisation fauchée mais habile. 

Mario Bava, Ricardo Freda (qui avait un peu anticipé la chose avec Les Vampires en 56) et une flopée d'autres, dont Camillo Mastrocinque, réalisateur touche-à-tout, en activité depuis les années 30.  
Nouveauté de saison chez Artus Films, La Crypte du vampire, sorti en 64, est une adaptation non avouée (certainement là aussi pour de basses raisons pécuniaires) de la magnifique nouvelle de Sheridan Le Fanu Carmilla. Ce texte, antérieur à Dracula de Bram Stoker, utilise le fantastique et le vampirisme pour évoquer une relation saphique aussi troublante qu'envoutante. Qualités que l'on retrouve dans le film qui laisse une grande place aux personnages féminins et à l’ambiguïté de leur relation. Comme dans la nouvelle, Laura, une jeune femme s'ennuie dans le château de son père. Elle est de plus assaillie d'effrayantes visions nocturnes, apparemment liées à une malédiction familiale.
L'attention que lui porte un jeune restaurateur de tableaux engagé par son père semble à peine l'éveiller de son apathie dépressive, lorsqu'un accident de calèche amène au château Ljuba, jeune fille fragile qui ramène immédiatement le sourire sur le visage de Laura. Aidé par un chef opérateur brillant, Mastrocinque s'applique à filmer les visages et les corps des personnages dans leurs déambulations nocturnes, leurs ballets amoureux, ou leurs échanges de regards suggestifs avec une grande intensité. Les jeux d'ombre et de lumière dans les décors somptueux du château et de ses alentours entérinent cette idée qu'un certain cinéma n'a aucun besoin de la couleur.


Et puis, le film est un catalogue copieux des spécificités gothiques : château massif, crypte cachée, éclairage aux chandelles, parchemins et tableaux mystérieux, déshabillés vaporeux, cris d'effrois, fenêtres qui claquent, morts qui se relèvent, ésotérisme symbolique, malédiction ancestrale, sorcier bossu et, caution ultime, Christopher Lee, transfuge de Dracula, ici dans le rôle du châtelain, pour une fois plus victime que personnage maléfique. 
La Crypte du vampire s'avère au final, bien plus qu'une copie de la Hammer , une des plus belles réussites d'un genre qui, sous les apparats de l'horreur laisse émerger une sensibilité terriblement romantique.


Le DVD :
La copie d'origine si elle n'est pas totalement parfaite, s'avère de très bonne qualité, et l'étalonnage restitue bien les subtilités de la photographie noir et blanc. Le son de la version originale connait quelques variations de niveaux, ce qui semble plus dû à l'alternance de prises directes (rarissime à l'époque dans le cinéma de genre italien) et de postsynchronisation sur le film d'origine, qu'à la compression numérique très correcte.
Côté bonus, on retrouve avec plaisir le passionné Alain Petit qui énumère les carrières du casting et de l'équipe de réalisation avec son érudition sans faille. Il semble cependant d'un enthousiasme modéré sur le film dont il évoque pourtant la belle carrière dans les salles françaises en terminant par ces mots : "C'est un film qui a été beaucoup vu et qui a surtout eu la chance d'avoir Christopher Lee au générique". Oui, certes, mais pas seulement...

Concours de robes de chambres entre José Campos et Christopher Lee
 

lundi 17 septembre 2012

En octobre, ils reviennent !


L'équipe de Peeping Tom se fait un peu désirer mais le numéro 7 devrait finalement voir le jour en octobre, avec, au sommaire, Larry Cohen (créateur, entre autres de la série Les Envahisseurs), un Manuscrit trouvé à Saragosse, une flopée de femmes accortes en bikinis poilus, une exploration peu banale des couloirs de lycées américains, et quelques autres déviances cinématographiques.

Un bonheur n'arrivant jamais seul, Peeping Tom tiendra une chronique mensuelle sur les ondes de Radio Grille Ouverte à partir de ce même mois d'octobre.

D'autres surprises viendront au mois de novembre, mais c'est une autre histoire...

samedi 15 septembre 2012

Aventures sous-marines

Avant Abyss et Le Grand Bleu, il y eut Tempête sous la mer. Troisième film projeté en Cinémascope de l'histoire du cinéma, bénéficiant de prises de vues sous-marines superbes, d'un scénario dynamique et d'un casting éminemment  sympathique, le film fut un énorme succès (à titre d'exemple, plus de 2 millions d'entrées en France, comme le signale Eddy Moine dans le bonus) et semble aujourd'hui complètement oublié.
"Heu-reu-se-ment il y Artus" (air connu) !

Redécouvrir aujourd'hui Tempête sous la mer demande évidemment une certaine curiosité envers le cinéma du passé, mais finalement pas tant d'effort : l'histoire vous cueille d'entrée, le film démarrant par une plongée immédiate dans les fonds marins où un pêcheur d'éponge ratisse le sable au milieu des algues et des poissons de toutes tailles. L'intrigue va se nouer autour de la rivalité historique qui oppose les pêcheurs d'éponge d'origine grecque à leurs concurrents d'origine anglaise sur les côtes de Floride dans les années 50.


Sur ces questions de territoire va se greffer un affrontement de mâles autour d'une jeune et jolie "insulaire" (c'est le surnom des Anglais) promise à un homme de même origine, incarné par Peter Graves, mais attirée par un jeune plongeur grec, le héros du film, interprété par un tout jeune Robert Wagner. Si l'action ralentit un peu dans la deuxième partie du métrage, il reste au final un véritable film d'aventures avec bagarres, personnages pittoresques, créatures aquatiques et beaux paysages, emballé très honnêtement par le réalisateur Robert D. Webb (relativement connu pour avoir réalisé Le Cavalier du crépuscule - Love Me Tender, le film qui lança la Elvisploitation.) On soulignera au passage la musique du génial Bernard Hermann, dont le thème, lors de la deuxième grande séquence sous-marine, annonce ses futures partitions au service du suspense hitchcockien.
En résumé, Tempête sous la mer synthétise tous les éléments de ce qu'on appelait du cinéma à grand spectacle : de l'action, de l'aventure, de l'amour, de la pieuvre ! Et tout ça, sans le moindre cynisme...


Le DVD :
On sera indulgent avec l'état amoché de la copie qui a servi au transfert, en tenant compte de la rareté du film et ses jolies couleurs d'origines. Comme avec Chacun pour soi, sorti récemment chez le même éditeur, la comparaison entre les deux versions audio permet de pointer quelques différences selon les pays. La version américaine semble ainsi raccourcie à deux passages (durant lesquels le DVD passe en v.f.). Si la première coupure, ressemble bien à de la censure (Gilbert Roland enfonce son cigare dans la bouche de Peter Graves avec une joie un rien perverse !), la deuxième coupe est si courte et si anodine qu'on se demande ce qui l'a motivée...
Le bonus principal est assuré par Eddy Moine dont une fois encore, l'enthousiasme communicatif et l'érudition impressionnante offrent 22 minutes d'éclairage sur le film qui passent comme un charme. Il en profite pour remarquer avec malice que Tempête sous la mer voit s'affronter deux acteurs, Peter Graves et Robert Wagner, qui deviendront respectivement les héros de Mission Impossible et de L'Amour du risque...



mercredi 12 septembre 2012

Fantasmes lunaires

L'éditeur Artus Films aurait-il l'intention d'éditer toutes les séries B inédites des années 50 ? Toujours est-il que leur collection Prestige vient de s'enrichir d'un nouveau coffret réjouissant intitulé Voyages vers la lune. Ainsi, après Destination Mars et Les Monstres viennent de l'espace, les amateurs de SF naïve ont-ils le loisir de découvrir 4 nouvelles curiosités estampillées "old school".

La plus grosse pièce du coffret est sans nul doute le premier titre, De la terre à la lune, adaptation du roman de Jules Verne produite par la RKO en 58 et réalisé par Byron Haskin, grand amateur de conquête spatiale à qui on devait déjà une adaptation de La Guerre des mondes et une étrange production entre fiction et documentaire intitulée La Conquête de l'espace. C'est aussi le seul film en couleurs de cette compilation, le plus long des 4 (95 minutes : ça reste supportable !) mais peut-être pas le plus intéressant. Il manque ce souffle de l'aventure cher à Jules Verne, ici rendu pesant par un dialogue omniprésent (y compris dans l'espace où, certes, on ne vous entend pas crier, mais où personne ne vous empêche de bavarder.) Le film tourne vite au duel Joseph Cotten/George Sanders, incarnant tous deux  des industriels férus de science que des motivations contradictoires amènent à s'embarquer en fusée vers la Lune. En filigrane, le film prône l'arme nucléaire comme remède à toutes les tensions internationales.


Plus anecdotique mais plus drôle est le Project Moonbase, construit autour d'une expédition militaire destinée à faire des repérages sur la Lune et infiltrée par un espion qu'on devine d'obédience bolchevique. Malgré son scénario peinant à tenir ses 60 minutes et une production particulièrement économe, quelques trouvailles visuelles et trucages touchants emportent l'adhésion du spectateur. 


Le deuxième disque est plus surprenant encore, avec tout d'abord Mutiny in Outer space, dans laquelle une équipe de retour d'expédition lunaire ramène involontairement un virus dans sa base spatiale. Le huis-clos qui s'ensuit va exacerber rivalités et tensions entre les personnages et placer le film du côté de The Thing et Alien. Bien entendu, le suspense ne prend jamais vraiment et le virus (un fungus qui se développe à la chaleur) prend tout son temps pour se développer et recouvrir entièrement la station orbitale qui ressemble à... une toupie d'enfant entourée de laine noire. Autre sujet d'étonnement : la date du métrage, réalisé en 1965 mais tout à fait conforme à l'esprit fifties des trois autres.

Enfin, Missile to the moon pousse le délire un petit peu plus loin en embarquant à bord d'une fusée un scientifique énervé, deux délinquants en fuite, et un couple qui ne pensait pas être du voyage. Le quintet atterrira sur une lune peuplée de femmes, sortes d'amazones sélénites convoitant le mâle fraichement débarqué. Cette peuplade est incarnée à l'écran par un rassemblement de Miss internationales dont c'est certainement l'unique prestation au cinéma. Mais ce n'est pas la seule surprise de Missile to the Moon qui convoque créatures de pierre et araignées géantes pour un grand fourre-tout des plus roboratifs.
Ni l'antiquité, ni les délices de l'Orient : la Lune !

L’intérêt des coffrets Artus est avant tout dans le panorama qu'ils offrent sur une partie oubliée de l'histoire du cinéma de genres. Productions modestes, décor cheap, casting minimaliste, jolies femmes, machisme ostensible (même si De la terre à la lune rend un hommage vibrant mais sommaire au courage des femmes), propagande pro-impérialiste, tableaux de bords à gros boutons, bandes sons remplies de bruits incongrus : ce ne sont que quelques-uns des points communs de ces quatre films, témoins d'un imaginaire révolu.    


Le coffret :
Comme d'habitude chez Artus, l'esthétique rétro soignée met tout de suit en appétit. Choix judicieux pour le recto du coffret : le couple en bonnets de bains de l'espace de Project Moonbase
L'intérieur est garni de reproductions d'affiches et d'images des films, avec un livret du Pr Brave Ghoul qui, en 9 pages, balaye agréablement l'histoire de la Lune au cinéma. Les copies des films sont assez inégales. Si Project Moonbase et Missile to the moon présentent des compressions de qualité, un  bémol pour les deux autres titres qui souffrent de définitions un peu faibles. Ça devrait passer sur un écran pas trop grand. 
Restent les précieuses cartes postales reproduisant les affiches d'époque, qui achèvent de faire de ce coffret un objet destinés aux vrais de vrais !