mercredi 20 novembre 2013

Dans l'espace, on vous entend manger du popcorn


Partons du principe que Gravity est le plus gros trip visuel grand public depuis... Star Wars.
On pourra toujours ergoter ici et là sur un scénario à tendance humano-catho, sur quelques effets et images un peu appuyées (et le foetus, tu l'as vu le foetus ?) et sur cette putain de bande son qui ravage le final, avec un morceau dont Roland Joffé n'aurait même pas voulu pour Mission... Mais là n'est pas le propos.

Ceci n'est pas une critique de film, c'est plutôt une critique de spectateur, ou une petite réflexion très subjective (mais vachement pertinente) sur ce qu'est devenu le cinéma aujourd'hui. 

Donc je mets mes lunettes 3D et je pars dans l'espace sidéral et silencieux, à peine parasité par les vannes de Clooney et la country "old school" qu'il a la bonne idée d'écouter pas trop fort dans son casque. La technologie fonctionne, je flotte avec la caméra, j'y suis et je me sens prêt à jouer le jeu jusqu'au bout, si le concept d'Alfonso Cuarón tient le coup. 

Et là : "Crunch".

"Crunch" c'est le bruit caractéristique du mangeur de popcorn. Un bruit qui peut éventuellement coller au film (Pour n'en citer qu'un, le Piranha 3D d'Alexandre Aja n'a-t-il pas été intelligemment conçu pour être consommé avec des popcorns ?), mais qui n'est ABSOLUMENT PAS compatible avec Gravity.
Parce que ce cinéma-là retrouve un principe, souvent oublié, mais qui est à la base même du spectacle cinématographique, depuis les fameux déplacements paniqués du spectateur devant L'arrivée d'un train en gare de la Ciotat : l'immersion. 
Pour que ça marche, il faut qu'on soit dedans. Tout le concept de Gravity repose sur l'alliance de la 3D et d'une caméra flottante afin de mettre le spectateur dans l'illusion de l'apesanteur.

Et "Crunch" nous rassied fermement sur notre fauteuil.
"Crunch" nous ramène dans notre pauvre salle, nous enlève nos lunettes, et réduit l'expérience du film à une prouesse technologique un peu floue lorsqu'on la regarde sans artifice. 

Je sais, des millions de spectateurs ont déjà vu Gravity et la plupart avaient du popcorn à la main ou dans leur entourage, et ça ne les a pas empêchés de décoller. Moi non plus d'ailleurs : je me suis concentré au maximum et le monsieur a fini son seau de friandises vers le milieu du film. 
Mais à une époque où, avec un bon système de projection domestique, on peut recréer dans son salon les conditions d'une immersion équivalente à celle de la salle de cinéma, il est bien dommage qu'un film qui constitue une véritable étape dans l'évolution de l'expérience du spectateur soit parasité par la pratique ancestrale du "crunch". 

Ce n'est certainement pas un hasard si, avant le film, une pub pour dissuader les jeunes de fumer (le genre de truc très efficace et pas du tout hypocrite) évoquait justement la "liberté de la jeunesse", en énumérant ses droits, dont celui-ci : "le droit d'aller au cinéma sans regarder le film". Propos illustré par un ado dans son fauteuil de cinéma en train de regarder l'écran de son portable.
Ben non !
Parce que si tu éclaires ton portable pendant la séance, tu m'empêches aussi de regarder le film. 
Si tu veux pas regarder le film, sort de la salle et va au soleil, c'est bon pour ton acné, et laisse-moi me plonger dans le silence et l'infini sidéral : c'est bon pour ma misanthropie.
Jan Jouvert


La photo qui illustre cet article n'a rien à voir avec le film. Elle vient de cet article, qui propose une solution alternative à mes petites contrariétés de spectateur : allez bouffer votre popcorn dans l'espace !

  

1 commentaire:

  1. J’ai fait la même expérience que vous monsieur. Et « crunch » !

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