samedi 1 mars 2014

Ce Django-là...


Et voici quatre titres de plus pour les inconditionnels du genre. Artus livre sa fournée hivernale de westerns italiens qui devrait être en rayons (pour peu qu'il reste des magasins avec des rayons quelque part...) quand vous lirez ces lignes, et rend ainsi un hommage bienvenu à Gianni Garko qui figure en vedette au générique de ce carré d'as. L'acteur reste un peu ignoré chez nous, malgré 50 ans de carrière, quelques 100 rôles au compteur et un passage remarquable dans le genre, notamment avec Le Temps des Vautours, suite pas franchement officielle à Django qui n'a rien à envier au film-étalon de Sergio Corbucci.

 
De façon très surprenante, Le Temps des vautours (10 000 dollars pour un massacre si l'on traduit le titre italien) commence à la mer. Django est étendu sur le sable, au soleil. Il se relève et prononce cette phrase d'un air rêveur "Ah, la mer...Quelle belle chose que la mer, mon ami !". Puis il se retourne et l'on découvre qu'il s'adresse à un mort. Django est chasseur de primes et le cadavre est sa proie...
Ce début fracassant donne le ton faussement léger d'un film qui part du grand ciel bleu pour aller vers les tendances les plus troubles, les plus sombres de son personnage. Django a une Némésis, un ennemi juré que le destin l'oblige à croiser dès le début du film et qu'il retrouvera forcément sur son chemin aux moments-clés. Manuel : un bandit mexicain qui enlève la fille d'un riche propriétaire et voit sa côte grimper inexorablement auprès des chasseurs de primes, il est surtout celui qui poussera Django à négliger la femme qui l'aime, commettant alors une faute irréparable...

Pour autant La Proie des vautours n'est pas un western existentialiste à la Monte Hellman. Le rythme est enlevé, l'humour omniprésent et il contient tous les éléments du genre : rivalité, trahisons en tous genres, vengeance, saloon remplie de femmes et de poivrots, partie de poker, beuverie nocturne, bagarres rabelaisiennes, torture sadique sous le soleil implacable et, bien sûr, affrontement final. Mais le scénario, construit avec un sens de la progression et quelques finesses remarquables, est parfaitement servi par une mise en scène constamment inventive. Les séquences mémorables ne manquent pas, entre la danse hystérique d'une grosse femme ivre, la bagarre qui se termine dans le crottin de cheval, ou cette image du cow-boy qui pleure, si rare, si surprenante et si audacieuse, qu'on se demande pourquoi elle n'est pas plus connue dans l'histoire du cinéma.

Claudio Camaso (à droite) : le même regard de fou que son frère, Gian Maria Volonte
Romolo Guerrieri n'a pas fait beaucoup de westerns et sa carrière de réalisateur compte une petite vingtaine de films. Mais ce Django-là, s'il a peu de point commun avec le premier (hormis la figure du chasseur de prime et la belle Loredana Nusciak dans un rôle décisif), tient une place à part dans le genre, ne serait-ce que pour les trajectoires inattendues de ses personnages principaux.
Le DVD :
Rien à dire, le master rend grâce à la photo de Federico Zanni, et surtout à la superbe bande originale de Nora Orlandi, l'une des deux seules femmes à avoir composé pour le western italien. Si l'on peut parfois préférer la v.f. à des versions originales pas toujours bien post-synchronisées ni cohérentes (Clint Eastwood doublé en italien dans Pour une poignée de dollars !!!) la version italienne est ici impeccable. 
Côté bonus, c'est le retour de Curd Ridel qui officie sur les 4 DVD (avec, forcément, des impasses sur certaines infos pour éviter les redites d'un disque à l'autre). Mais on a droit aussi à un entretien parallèle de Romolo Gueririeri et Gianni Garko qui, malgré une certaine retenue, livrent quelques anecdotes pertinentes pour éclairer cet âge d'or révolu.

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